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LES
GLOBES DU DESTIN PROLOGUE C'était une fin d'après-midi paisible dans
l'auberge favorite de Goekin. Amcanil et le jeune homme étaient assis à une
table et faisaient des projets. - Par où veux-tu que nous passions pour
rejoindre le Château de Rador, demanda Goekin. - Je n'y ai pas encore réfléchi, répondit
Amcanil, l'elfe aux cheveux blonds, par où tu veux. Un coude posé sur la table, Goekin se passa
une main dans les cheveux, mal à l'aise. Cette réponse ne le satisfaisait que
très peu. Il n'avait que vingt ans, et ne connaissais pas la terre comme son
ami, il n'avait fait que très peu de voyages loin de chez lui. Une fois il s'était
aventuré vers Baren, une grande cité, mais une dizaine d'autres personnes
avaient fait le voyage avec lui. - Moi, je ne sais pas bien me repérer,
dit-il embarrassé. Je pense qu'il vaut mieux que tu choisisse par où nous
passerons. L'elfe semblait aussi indécis. - Tu sais, reprit Goekin, le départ est
pour demain, nous ne devrions pas décevoir le Roi, alors nous ferions mieux de
chercher un trajet à emprunter. Amcanil hocha la tête. Il regarda un court
instant Goekin qui semblait très angoissé, puis il souleva une énorme chope,
renversa la tête en arrière et attendit que la dernière gorgée de mousse
glisse dans sa bouche ouverte. Puis souriant, il reposa son regard sur le jeune
homme, qui l'observait maintenant. - Au lieu de boire, fit-il ennuyé, tu
ferais mieux de réfléchir. L'elfe esquissa un sourire. - Je crois que cette bière m'a donné une
idée, dit-il souriant. - Ah bon, s'écria nerveusement Goekin,
laquelle ? L'elfe se leva, fit quelque pas, et posa ses
bras sur le rebord d'une fenêtre ouverte. Il observa la forêt qui se dressait
devant lui, et le ciel qui commençait à rougir. - Viens voir, dit-il à son ami. Goekin s'exécuta, et le rejoint aussitôt.
Sur ordre de l'elfe il regarda la forêt qui s'étendait à perte de vue, sans
comprendre. - Pourquoi me fais-tu regarder ces arbres ? Une soudaine rafale de vent souleva les
cheveux d'or de l'elfe et dispersa les quelques perles de sueur qui stagnaient
sur son visage. - Tu ne comprends pas ? demanda t-il. - Non, répondit Goekin. Il désigna de la main un petit chemin de
pierre et d'herbe jaunie qui s'enfonçait dans la forêt. - Tu vois ce chemin ? - Oui. - Eh bien, je pense que c'est le meilleur
chemin pour rejoindre Rador. Goekin ouvrit de grands yeux. - Tu veux nous faire passer par le nord
alors que Rador est à l'ouest ? - Parfaitement, dit l'elfe en souriant. Goekin ne comprenait plus rien. - Mais pourquoi passer par cette forêt ?
En plus elle est sombre, murmura t-il. L'elfe qui avait l'ouïe fine comprit très
bien ce que Goekin chuchota. Il lui sourit, mais le jeune homme ne lui rendit
pas son regard. - En plus tu sais très bien que je n'aime
pas marcher ! - Oui, je sais que tu n'aimes pas marcher,
mais je sais aussi que de l'autre côté de cette forêt se trouve une grande
cité où tu pourras trouver ce que tu recherches depuis toujours. Goekin sourit un instant, mais il se rembrunit
aussitôt. - Je n'ai pas envie d'aller acheter un arc
de l'autre côté de cette forêt hantée, dit-il en frissonnant. - Hantée, pouffa l'elfe. - Parfaitement, acquiesça Goekin, elle est
hantée, tout le monde le dit. Goekin allait continuer à parler, mais il
avait déjà menti à son ami, le forêt n'était pas du tout hantée, et il ne
voulait s'enfoncer dans quelque chose de faux. En fait, seuls les plus vieux
charlatans du village disaient que la forêt était habitée, mais pas plus de
dix personnes ne les croyaient. - Allons, tu sais bien que cela est faux, et
ce n'est pas toi qui va me dire le contraire, reprit Amcanil. -
Oui, marmonna t-il. -
Alors tu n'as aucune raison d'avoir peur ! -
Déjà, j'ai pas peur, cria t-il. Le peu de personnes qui se trouvait dans
l'auberge se retourna brusquement et observa bizarrement le jeune homme. Goekin
soutint leur regard une seconde, puis se sentant honteux il détourna la tête
et se colla contre le rebord de la fenêtre. - Alors si tu n'as pas peur, tu ne verras
aucun mal à passer par cette forêt pour aller chercher ton arc. Goekin grommela encore quelque chose, mais
Amcanil n'y prêta pas attention. Le jeune homme faisait la tête, et dans ces
moments là il valait mieux ne pas le suivre. - Moi aussi je voudrais voir quelque chose
dans cette cité, alors autant y aller maintenant, reprit l'elfe. Mais visiblement son ami ne l'écoutait plus.
Celui-ci se retourna et la tête basse, et repartit vers la table pour terminer
sa bière. Amcanil l'observa depuis la fenêtre, souriant,
mais légèrement embêter. Il ne savait toujours pas par où ils passeraient
pour rejoindre le château de Rador. - Aller Goekin, ne fais pas la tête, ce
n'est quand même pas surhumain de passer par cette forêt. L'elfe n'eut pour seule réponse qu'un
grognement hargneux et un regard noir. Du bord de sa fenêtre il regarda son ami
quitter l'auberge pour retourner chez lui. Amcanil resta un long moment contre la fenêtre
à penser. Les négociations s'annonçaient longues, très
longues... CHAPITRE
1 Bousculant toutes les personnes qui faisaient
tranquillement leur marché en cette heure matinale, Goekin avançait
nerveusement vers le nord, encombré de nombreux sacs. - Tu pourrais pas faire attention, sale
gamin, hurla un vieil homme en se relevant péniblement. - Non, je ne peux pas ! cria le sale gamin. Amcanil qui marchait quelques mètres derrière
son ami, le regardait d'un air désolé. - Calme toi, dit-il. Si quelqu'un appelle
les gardes, nous auront des problèmes. - Qu'ils appellent les gardes, je n'en ai
rien à faire. Tiens... ça m'arrangerais presque qu'ils les préviennent de mon
mauvais comportement, il m'éviterait un voyage aussi long et avec un elfe comme
toi !! Amcanil sourit, content de voir son ami
arborant une telle forme. Il lui faudrait des forces pour faire le voyage. - Allons, ne gaspille pas ton énergie aussi
sottement, garde le plutôt pour l'expédition. - Je fais ce que je veux de mon énergie,
cracha le jeune homme très énervé. - Je te donnais juste un conseil... - Gardes les pour toi, tes conseils ! Amcanil haussa les épaules, et ne donna plus
de conseil à Goekin. Bien qu'ils marchaient en direction de la forêt
Amcanil ne savait toujours pas comment Goekin avait changé d'avis. Il se
souvenait juste avoir rejoint son ami chez lui la veille, à l'ouest du village,
mais à partir de ce moment, il n'y avait plus rien de très net. Il se
rappelait avoir discuté avec lui un long moment, une heure ou même deux, mais
Goekin s'opposait formellement à la traversée de cette forêt. Il avait bien
essayé de le raisonner, mais le jeune homme n'avait rien voulu entendre, alors
Amcanil, jugeant le combat perdu, retourna chez lui, quelques maisons plus loin,
très fatigué. Le lendemain, alors qu'il dormait toujours,
Goekin s'était présenté dans sa chambre à l'aube, avec une folle envie de
partir. Amcanil complètement prit de court eut à peine le temps de préparer
quelques affaires, qu'il était déjà dehors à marcher derrière son ami,
visiblement très pressé. - Bon, tu te dépêches, rugit Goekin. - J'arrive, répondit l'elfe. Il payât à un vieil homme quelques pommes
rouges, qu'il introduit précipitamment dans son sac à dos, et courut jusqu'à
l'entrée d'une l'auberge. - Attends-moi là, dit-il d'un ton sans réplique
à l'elfe. Amcanil acquiesça et regarda son ami pénétrer
dans l'auberge. Il en profita pour acheter un peu de pain à un marchand, car il
avait totalement oublié d'en emporter, et il doutait que Goekin veuille encore
lui en donner s'il avait faim. - Merci. Il allait acheter des gourdes d'eau quand
Goekin réapparut dans la rue. Celui-ci laissa tomber ses bras contre son corps
quand il ne vit pas l'elfe, puis il balaya la rue du regard. - Bon tu viens, cria t-il à Amcanil, on a
pas tout notre temps, tu feras des courses, plus tard, tu n'avais qu'à y penser
avant ! Amcanil accourut vers le jeune homme, en
tenant quatre gourdes remplit d'eau dans ses mains. - Je te signales que tu ne m'as pas tellement laissé le temps de faire des provisions... - Mais mon ami, quand on veut faire le malin
en faisant des énormes détours pour aller quelque part, on pense à faire des
provisions au moins un jour à l'avance ! L'elfe ne répondit rien, ne voulant énerver
d'avantage son ami. - Bon on repart, déclara Goekin d'un ton
plus calme. Ils marchèrent silencieusement pendant
quelques minutes, puis Goekin s'arrêta devant une maison en pierre. - J'en ai pour deux secondes, dit-il à
Amcanil. - Je t'attends par ici, je vais peut-être
acheter quelques vivres, nous en aurons besoin pendant notre voyage. Goekin pénétra alors dans la maisonnette,
tandis qu'Amcanil s'éloignait en direction d'un étalage de fruits et légumes.
- Bonjour, fit-il poliment à une jeune
femme. - Bonjour, répondit-elle d'une voix aiguë.
Que désirez-vous ? Rien qu'à ces mots, Amcanil tomba complètement
sous le charme de la femme. Il la regarda bêtement, sans réagir. Ses longs
cheveux roux clair ondulaient sous la brise matinale et ses immenses yeux bleu
avaient hypnotisé l'elfe. Il restait à la regarder, sans bouger. - Excusez-moi, dit-elle. Lorsqu'Amcanil vit des mains passer entre le
visage parfait de cette femme et le sien, il reprit ses esprits. - Pardon, dit-il en rougissant. - C'est rien, dit-elle en souriant. - J'aimerais des oranges et des fraises,
demanda t-il sans jamais la quitter des yeux. La marchande plongea sa main dans les bacs, et
mit une dizaine de fruits de chaque espèce dans un carton. - Ça vous va ? - Oui, oui, dit-il rêveur sans même
regarder le contenu du carton. Ce fut au tour de la jeune femme de rougir.
Elle venait de comprendre que l'elfe était tombé sous son charme. Amcanil plongea sa main dans une des poches de
sa culotte et ressortit quelques pièces d'argent. - Ca suffit ? demanda t-il lentement en
l'observant toujours. La marchande ne cacha pas sa surprise
lorsqu'elle vit le contenu de la main de son client : six pièces d'argent. En
fait, les fruits n'en valaient que la moitié. - C'est un peu trop, dit-elle timidement. - Pas grave, prenez le reste. Elle hésita un instant et alors qu'elle
attrapait la première pièce, son visage devint rubicond. Elle repoussa
brusquement la main de l'elfe en hurlant : - J'ai compris, vous me prenez pour une
catin ! Mais non, vous ne m'aurez pas comme ça. Elle rejeta les pièces et les fruits au
visage d'Amcanil qui ne comprenait rien. - Qu'est-ce que vous dite ? - Dégagez, partez vite, je ne suis pas une
femme facile, vous ne m'aurez pas avec de l'argent. Elle continuait de jeter les fruits à la
figure de l'elfe. - Mais non, vous croyez que... - Taisez-vous, filez, je veux vous voir
disparaître et vite, hurla t-elle. Amcanil qui commençait à réaliser son
erreur implora du regard la jeune femme, mais il n'avait jamais vu un visage
aussi fermé. - Partez, ou j'appelle les gardes. Amcanil se décida alors à partir, mais non
sans regret. - Ne me regardez même plus, vociféra t-elle,
alors qu'il avait déjà rejoint l'entrée de la maison dans laquelle Goekin était
entré. Il regarda la jeune femme rousse reprendre des
activités plus normales avec un passant, et à ce même moment, Goekin
ressortit de la maison. Celui-ci remarqua le visage triste de l'elfe. - Qu'est-ce qui t'es arrivé ? - Rien, chuchota t-il, trop long à
expliquer. - Ah bon, alors repartons, nous ne sommes plus très loin de la forêt... Ils marchèrent quelques minutes, Amcanil
regardant toujours la marchande, mais celle-ci ne lui lançait aucun regard. Il
la vit disparaître derrière un virage, et il essuya sur sa manche une unique
larme. Goekin qui le remarqua déclara : - Houla, il faudra que tu me dises ce qui
t'es arrivé. L'elfe acquiesça sans vraiment écouter. Il
n'arrêtait pas de repenser à cette belle femme qui l'avait charmé et qu'il
charmait aussi, c'était sûr (du moins pour lui). Et pourquoi elle avait réagit
de la sorte, après tout il était possible de se tromper dans les comptes ?
Mais peut-être pas cette fois ci. Ils marchèrent encore une ou deux minutes, et
enfin ils passèrent d'une route pavée à de l'herbe fraîche. La forêt s'étendait une cinquantaine de mètres
devant eux. CHAPITRE
2 - Il fait vraiment sombre par ici, déclara
Goekin. - Oui, approuva Amcanil. Ils avaient à peine fait cent mètres dans la
forêt, que déjà Goekin se plaignait. - Et toi, qu'as-tu fais dans cette maison ?
demanda l'elfe. Goekin sourit, et caressa de sa main droite
une petite épée collée contre sa jambe gauche. - Tu t'es acheté une épée, s'écria
Amcanil. - Oui, acquiesça son ami, une belle épée
pour nous protéger. Amcanil avait tellement été obsédé par la
marchande qu'il n'avait même pas remarqué la lame. - Et à quoi vas t-elle te servir, dit-il en
souriant. - Si des gobelins ou des ogres nous
attaquent, nous saurons nous défendre... - Parce que tu crois qu'on va nous attaquer,
pouffa l'elfe. - Rien n'est impossible, répondit calmement
Goekin, il vaut mieux penser à de telles éventualités. - D'accord, peut-être que nous
rencontrerons ces bêtes, encore que j'en doute, mais tu ne sais pas te servir
d'une épée, à quoi va t-elle te servir ? Goekin grimaça. - Je sais très bien manier les armes,
dit-il en dégainant maladroitement son épée. Amcanil rit en voyant son ami luter pour
sortir son arme. S'ils seraient attaqués, Goekin ne serait pas d'une grande
aide. - Tu vois, juste dégainer une épée est déjà
difficile, alors te battre... je n'y pense même pas. - Très bien, fit Goekin faisant halte,
regardes moi ! Amcanil s'arrêta brusquement et observa son
ami. Celui-ci tenait l'épée dans la main droite, et s'approchait lentement
d'un arbre. Il fit des coups prudents dans le vent tout en regardant son ami. Amcanil hocha la tête en désignant un arbre.
- Vas-y, fait moi une démonstration sur cet
arbre ! Goekin le regarda implorant, mais l'elfe
restait implacable. - J'attends, fit-il les bras croisés et
tapant du pied sur le sol. - Une minute, je me concentre ! Amcanil haussa les épaules. Le numéro de son
ami le faisait plus sourire qu'autre chose. Goekin s'approcha de l'arbre qu'avait désigné
l'elfe, et lorsqu'il ne fut plus qu'à un mètres, il lança un regard à
Amcanil pour voir s'il l'observait toujours. C'était le cas. Goekin souffla pour se concentrer, resta
immobile une minute, leva le bras droit serrant son arme de toutes ses forces,
et balança un coup surpuissant contre le tronc de l'arbre. Amcanil fut légèrement surprit de voir son
ami frapper l'arbre avec une telle puissance, mais dès que l'arme heurta
l'arbre, il éclata de rire. - Aïe, hurla Goekin. Celui-ci se tenait les doigts, et son épée
gisait sur le sol. Des larmes embuaient ses yeux foncés, et il soufflait comme
un âne. De son côté, Amcanil rigolait comme un enfant, en regardant son ami
geindre. - Tu pourrais m'aider, vociféra Goekin en
se caressant les doigts. - J'arrive, pouffa l'elfe. Il riait tellement qu'il n'arrivait à marcher
droit. Il se cogna plusieurs fois contre des vieux arbres, mais il arriva tant
bien que mal à côté de son ami. - Arrête de rire, aboya Goekin. Mais rien ne pouvait l'empêcher de rire. - Tiens, dit l'elfe en ramassant l'épée de
son ami. Goekin lui arracha violemment des mains en lui
lançant un regard noir. - Tu as mal, demanda Amcanil toujours en
riant. - Non, je fais semblant, répliqua d'un ton
tempétueux le jeune homme. Cette petite tirade fit repartir de plus belle
l'elfe. Maintenant il riait tellement fort, que des oiseaux s'envolèrent des
branches feuillues. Il continua de rire un bon moment, mais une vive douleur au
ventre le calma. - Enfin, cracha Goekin en se massant
toujours les doigts. L'elfe s'essuya les larmes qui lui coulaient
sur les joues, et reprenant son sérieux, il observa la main de son ami. - Aïe ! - C'est bien ce qui me semblait, tu as du te
casser un doigt, dit-il à Goekin. - Pas possible, répliqua t-il, je suis dur
comme le roc. Amcanil sourit encore une fois, mais une tape
sur le dos, lui remis les idées en place. - Et toi, tu ne peux rien faire ? - Je peux bien soigner les plaies, mais je
n'ai pas encore le savoir pour réparer les os brisés, seul les grands sages
peuvent le faire, répondit solennellement l'elfe. - Tu es bien sûr, ça me fait quand même un peu mal... - Désolé, je ne peux pas t'aider. Amcanil lâcha son ami, et le laissa ranger l'épée
dans son fourreau. - Allons, plus vite nous nous remettrons en
marche, plus vite nous arriverons à Trent, de l'autre côté de la forêt.
Peut-être que quelqu'un pourrais te soigner là-bas. - J'espère.... Sur ce, ils se remirent en marche. Ils avancèrent
aisément deux bonnes heures, contournant les arbres feuillus, puis ils décidèrent
de faire une pause pour déjeuner. - Arrêtons-nous ici, déclara Amcanil. Goekin acquiesça, et ils se laissèrent
tomber sur l'herbe dense. - Tiens, dit l'elfe en lui lançant deux
pommes et un morceau de pain. - Merci. Ils restèrent une dizaine de minutes à
grignoter ce qu'Amcanil avait eu le temps d'emporter, puis ils remirent leurs
sacs sur les épaules. - Nous devront être à Rador dans moins de
dix jours, annonça Goekin. Tu es sûr qu'en passant par cette forêt nous y
seront à temps ? Amcanil haussa les épaules en sifflant. - Tu ne me fais plus confiance ? Goekin le toisa du regard un instant. - Tu sais très bien que je te fais
confiance, soupira t-il, mais là n'est pas la question. Il se tut quelques secondes, et se massa les
doigts. - Ca fait mal, murmura t-il. - Qu'allais tu me dire ? continua Amcanil. Il se mit en marche, aussitôt suivit de
l'elfe, mais la douleur empirait. Sa main lui faisait vraiment mal. - T'es tu déjà rendu à Trent en passant
par cette forêt, demanda t-il brusquement. L'elfe fit semblant de n'avoir pas entendu. - Tu peux répéter, s'il te plait, dit-il
embarrassé. - T'es tu déjà rendu à Trent en
empruntant ce chemin ? Amcanil se passa une main dans les cheveux et
fit mine de réfléchir. Il essayait de prendre un air naturel, mais il
rougissait néanmoins. - Alors ? - Oui, dit-il d'une voix mal assurée. Goekin hocha la tête. - Bien sûr que j'ai déjà suivi cet itinéraire,
des dizaines de fois, dit-il presque en criant. Je sais parfaitement où nous
allons ! - Parfait, soupira le jeune homme, je déjà
suffisamment mal pour que nous nous perdions dans un endroit pareil. - Tu verras, affirma Amcanil, nous serons à
Trent avant que tu ne t'en rendes compte. Des perles de sueur dégoulinaient maintenant
sur son visage rosé. - Il fait vraiment chaud par ici, murmura t-il
en s'essuyant le visage avec sa manche. - Je ne trouve pas. - Ah bon, dit-il mal à l'aise. Ils continuèrent de marcher jusqu'à la tombée
de la nuit espérant échapper à cette forêt le plus vite possible. Au crépuscule ils installèrent leur camps,
sous des arbres plusieurs fois centenaires. Ils mangèrent rapidement du pain et
des fruits, puis ils se glissèrent dans leur drap. - Bonne nuit, souffla Goekin. - Bonne nuit, murmura Amcanil. Il regarda son ami sombrer rapidement dans le
sommeil, puis il observa le peu d'étoiles qu'il pouvait voir à travers les
branches. "Me voilà bien", songea t-il. En effet, il avait menti sur toute la ligne à
son ami. Il n'avait jamais emprunté cette forêt, et il ne s'était jamais
rendu à Trent. De plus il ne savait pas si Trent était parfaitement au Nord de
Zérin, ce n'était que ce qu'il croyait. "Un beau voyage en perspective",
pensa t-il amèrement avant de tomber dans un profond sommeil. CHAPITRE
3 Cela faisaient déjà une heure qu'ils
marchaient lorsque les premières lueurs de l'aube percèrent les branches
touffues. Ils s'étaient mis en route si tôt car les gargouillements de leur
estomac les empêchaient de se rendormir. Ils avaient alors prit un déjeuner
consistant, puis ils étaient repartis dans l'espoir de trouver Trent. Même s'il n'avait pas plu de la nuit, l'herbe
était mouillée ce qui trempa rapidement leurs fines chaussures. Un faible vent
avaient considérablement rafraîchit l'atmosphère, mais dès que le soleil
domina la forêt, ils se sentirent de nouveau bien. Sur leur passage, ils étaient tombés sur
quelques pommiers, et ils ne s'étaient pas privés pour cueillir quelques
pommes bien vertes. Ils en avaient mis une bonne vingtaine, particulièrement
belles, dans leurs sacs à nourriture, puis ils étaient repartis, ne sachant
pas très bien où leur pas les mèneraient. - Cette pomme est délicieuse, déclara
Goekin tout en mâchant son trognon. Amcanil acquiesça, et regarda son ami jeté
le restant de son fruit sur le sol. - Ça fera un pommier de plus, dit-il en
souriant. Amcanil sourit aussi. C'était la première
fois depuis leur départ que Goekin était aussi agréable, et Amcanil en était
bien content. Non pas que son ami l'énerva, mais à longue c'était plutôt pénible
de devoir supporter quelqu'un qui se plaignait sans cesse. - Sais-tu pourquoi nous avons été envoyé
au château de Rador, demanda subitement Goekin. Amcanil sembla prit au dépourvu. Il s'arrêta
brusquement de marcher. - Non, dit-il surpris, je n'en ai aucune idée.
L'elfe paraissait complètement retourné par
cette question. Il chercha en vain dans sa mémoire s'il y avait quelque chose
qui pourrait lui apporter un élément de réponse, mais rien. Il marchait… et
ne savait pas pour quoi ! - Et toi, tu le sais ? Goekin haussa les épaules et tira une autre
pomme de sa poche. - Non, dit-il en croquant son fruit. - Ah ben ça alors, fit l'elfe étonné. - Enfin, continua Goekin, je sais que
lorsque nous seront là-bas, Ténos, le Roi de Rador devra nous remettre un
message... Amcanil acquiesça alors, mais rapidement il
enchaîna : - Comment sais-tu ça toi ? Parce que moi,
le Roi ne m'a rien précisé lorsqu'il m'a convoqué. Il m'a juste dit de
rejoindre Rador en ta compagnie... Goekin grimaça. - Tu te souviens de notre discussion
avant-hier, dans l'auberge ? Amcanil acquiesça d'un signe de tête. - Je ne sais pas si tu l'as remarqué, mais
il y avait deux gardes habillés en civile à l'intérieur, et ils n'ont cessé
de nous observer... Le visage d'Amcanil vira au rouge en un
instant. - Quoi, explosa t-il, le Roi ne nous fait
pas confiance !! - C'est à peu près ça, approuva le jeune
homme, et je pense qu'il avait raison de nous faire surveillé. A l'heure qu'il
est, nous serions encore à Zérin si les gardes ne nous avaient pas épié. - Mais ce n'est pas une raison pour nous
espionner, s'indigna l'elfe. - Je sais, mais ils ont eu raison... Amcanil n'arrivait vraiment pas à ce faire à
cette idée. Son honneur avait été blessé. - Et tu ne sais rien d'autre ? demanda t-il
énervé. - Rien d'autre, juste qu'un message nous attendait à Rador... - Je trouve ça bien bizarre, si mes
souvenirs sont bons, à chaque fois que le Roi envoyait quelqu'un pour une
mission, il lui disait à quoi ça servirait, n'est-ce pas ? - Oui, avoua Goekin, c'est quand même un
peu étrange, maintenant que tu les dis. Ils se turent un instant pour écouter le
chant d'un oiseau. - Mais au fait, les gardes là, ils t’ont
fait quoi ? - Quand je tu es partit de chez moi hier
dans la nuit, les gardes ont fait irruption dans ma chambre et m'ont menacé de
me bannir du royaume si je ne partait pas avec toi demain, dit-il irrité. Ha,
si je les tenai... je leur montrerais qu'il ne faut pas m'intimider. - Avec ton doigt cassé et ton fabuleux
talent au combat, bafouilla Amcanil en riant. Son ami lui lança un regard tueur qui le
calma aussitôt. - Même avec un doigt cassé je te battrais
au combat ! - Bien sûr, conclut Amcanil ironique. Ils marchèrent toute la journée ce jour là,
ne s'arrêtant qu'une seule fois pour manger en début d'après-midi. Ensuite
ils s'étaient remis en route, et quelques gouttes de pluie avaient faites leur
apparition. Pas trop fort au début, mais drue ensuite, la pluie les avait
escorté jusqu'en fin de journée, quelques minutes avant que les deux amis ne
s'arrêtent pour dormir. Ils avaient peu et rapidement mangé, et avant
même que le soleil ait complètement disparu, ils dormaient déjà. Durant la
nuit, la pluie avait reprise, mais bien abrités sous les épaisses branches
d'arbres, ils ne furent que très peu mouillés. Cette nuit, Goekin fit un rêve bizarre. Il se
croyait attaqué par des gobelins, donc il fuyait, mais lorsqu'il sortit de la
forêt (peut-être la même que celle-ci ?), il eut l'impression de tomber. Une
chute interminable où il vit défiler l'image d'un Roi qu'il ne connaissait pas
le bannir de son royaume, et un oiseau picorant les cheveux d'Amcanil. Puis il
avait violemment touché le sol et... Il s'était réveillé en sursaut ! CHAPITRE
4 - Il fait vraiment chaud, se plaignit
Amcanil. - Je te rappelles qu'on est en plein milieu
du mois de juillet, rétorqua Goekin. - Oui, je sais, mais quand même, cette
chaleur est assez inhabituelle. Goekin se contenta d'hausser les épaules. C'était vrai. Une telle chaleur était très
rare, surtout dans cette région occidentale. La température n'atteignait
jamais des hauts sommets. Elle restait largement supportable. Mais cette année,
c'était différent, depuis près d'une semaine, une véritable canicule s'était
installée, et ne semblait vouloir être délogée. Beaucoup de petites rivières
avaient vu leur débit se réduire considérablement. L'herbe commençait à
griller un peu partout, et les animaux les plus faibles périssaient comme de
vulgaire gouttes d'eau qui s'évaporent. Mais même à l'abri sous de grands arbres qui
ne semblaient souffrir de la chaleur, la température était exécrable. La végétation
plutôt dense aurait du fournir un abri de choix, mais pas du tout. On avait
plus l'impression que la température n'était que renforcée. - Je ne m'étais pas rendu compte qu'il
faisait aussi chaud avant de partir. - Il ne faisait pas extrêmement chaud, mais
depuis que nous sommes partit, je dois admettre que la température a considérablement
augmentée. Et puis, tu passes la plupart de ta journée dans les auberges, tu
ne peux te rendre compte du temps qu'il fait, ajouta Goekin en ricanant. Amcanil le foudroya du regard. - Si je suis dans les auberges, c'est parce
que tu m'invites à boire un coup dedans, sinon je n'irais pas ! - Quoi, s'écria Goekin. C'est toujours toi
qui me sollicites pour aller boire là-bas, toujours toi ! Une véritable fureur s'empara des deux
compagnons. - De toute façon tu n'es qu'un menteur. - Quand tu veux ! Et Amcanil, qui n'avait jamais autant perdu
son sang-froid répéta brutalement ce qu'il venait de dire. Pendant de longue secondes les deux amis
(s'ils l'étaient encore) s'observèrent.. Une violente et unique rafale de
vent, balaya la sueur qui envahissait leur visage rougis, puis ce fut un silence
de mort qui s'imposa dans la forêt. Comme pour accentuer la tension de cette scène,
les oiseaux qui roucoulaient allègrement sur leurs branches s'étaient tus Les
deux compagnons soutinrent le regard de l'autre un long moment, sans dire mot,
puis Goekin tourna la tête. - Il vaut mieux que je ne m'énerve pas avec
toi ! - Je pense la même chose, opina rageusement
l'elfe. Goekin tourna les talons et en marchant
lentement il s'éloigna de son ancien ami. Amcanil l'observa un petit moment,
puis il but une gorgée d'eau tiède. Lorsqu'il releva la tête, Goekin avait
disparut, il n'y avait plus aucune trace du jeune homme. - Pas une grosse perte, marmonna t-il. Il allait continuer sa route vers Rador, quant
une folle envie de grimper à un arbre s'imposa dans son esprit. Il déposa rapidement ses sacs sur le sol, et
se rua sur l'arbre le plus proche. Il ne prêta même pas attention à la gourde
qui se renversait paresseusement sur le sol, tellement il était pressé. Jamais
il n'avait éprouvé une telle impatience. Il grimpa sur les premières branches avec une
aisance presque provocatrice, puis le feuillage devint plus souple. Avec une
agilité remarquable il se jeta de branches en branches, se rapprochant
rapidement du sommet de l'arbre. Sous son poids infime les feuilles ne se
pliaient pas. Sur son passage il fit détaler quelques oiseaux qui chantaient,
et enfin il arriva sur la dernière branche de l'arbre. Il s'assit lentement dessus, puis il laissa
aller son regard sur le monde qui s'étalait devant lui. Ainsi perché, à plus de vingt mètres de
hauteur, il ne remarqua pas le passage de Goekin, qui marchait rapidement. Sur sa tête, le soleil dominait un beau ciel
bleu, et inondait de sa clarté la forêt. Depuis le début de la journée, c'était
la première fois qu'il voyait parfaitement le ciel, et il prit un certain
plaisir à le contempler, confortablement assis, et loin de son "ami
Goekin", qui parlait sans cesse. Il regarda tout autour de lui, mais il n'y
avait rien d'autre que des arbres et des sapins. Amcanil souffla
silencieusement. - On n'est pas encore arrivé à Rador... Cette idée qui le tracassait fut rapidement
chassée de son esprit lorsqu'il s'endormit quelques minutes plus tard, toujours
perché sur son arbre. Lorsqu'il se réveilla quelques heures après,
le soleil commençait à se cacher derrière l'horizon. Panïn, la première étoile
visible, commençait doucement à briller vers le Nord. Amcanil s'étira, et
faillit tomber. Il se rattrapa de justesse à une branche puis il gagna un coin
plus stable. "J'ai eu de la chance de ne pas
tomber", songea t-il tandis qu'il contemplait le coucher de soleil. Le ciel avait prit une teinte orangée, et les
nuages rougissaient devant le bel astre. Il observa longuement le phénomène, et alors
qu'il s'apprêtait à redescendre, il remarqua un fin filet de fumée à l'Est. Amcanil écarquilla de grands yeux. Ce n'était pas possible, depuis toutes ces
années qu'il demande des renseignements sur cette forêt, jamais il n'avait
entendu qu'elle était habitée... sauf par les esprits. Et si c'était vrai, pensa t-il. Il s'essuya les yeux, et regarda de nouveau
dans cette direction. Le filet était toujours là. Un mince sillon de fumée
grise s'élevait dans le ciel. Une fois qu'il eut la certitude que la fumée
était bien réelle, il descendit en toute hâte de l'arbre, manquant de tomber,
et il remit ses affaires sur le dos. Il allait repartir, lorsqu'il se rendit compte
qu'il manquait quelque chose. Ou plutôt quelqu'un. - Goekin ! Goekin ! Amcanil hurla ce nom plusieurs fois. Il
regrettait maintenant de s'être embrouiller avec son ami. Le sommeil lui avait
fait découvrir son erreur. Goekin lui manquait maintenant. Et tout ça à cause
d'une auberge. - Goekin ! Goekin ! Il n'y avait toujours pas de réponse. Amcanil
se décida donc à partir en direction de la fumée qu'il avait vue, espérant
ardemment retrouver Goekin. En chemin, il se jura de ne plus remettre les
pieds dans une auberge ! CHAPITRE
5 Le soleil commençait doucement à se lever,
et Amcanil dormait toujours. La veille, il avait marché presque toute la nuit,
souhaitant profondément retrouver son ami, mais il n'en avait vu aucune trace.
Le seul semblant de vie qui régnait dans cette forêt était les oiseaux et les
quelques cerfs qu'il voyait de temps à autre. Hormis ces quelques animaux, il
n'avait vu personne d'autre. Pas un homme, personne. Les autres individus qui
habitaient dans cette forêt devaient être les gens vivant à l'endroit où la
veille il avait vu de la fumée s'élever. Mais il espérait bien qu'à la
source de cette fumée se trouve une auberge (non, pas une auberge), ou une
maison, plutôt qu'un camp de nomade. Même s'il n'y avait qu'une personne
vivant à l'intérieur, pouvoir discuter le calmerait, car depuis qu'il avait
quitté Goekin, il avait éprouvé un certain malaise à marcher seul dans une
forêt pareille. Non pas qu'il ait peur de progresser seul, mais que la chaleur
commençait vraiment à devenir insupportable. Il lui restait assez de
nourriture pour survivre encore une dizaine de jours, mais le problème de l'eau
commençait à se poser. Il ne lui restait qu'une gourde d'eau tiède à moitié
vide. Il en avait déjà bu une, et la troisième s'était malencontreusement
renversée sur le sol, éparpillant tout son contenue. De plus, depuis qu'il
avait pénétré dans la forêt, il n'avait pas vu le moindre petit lac ou
ruisseau. Et bien qu'il soit un elfe, il devait quand même boire, personne ne
pouvait se passer d'eau. Lorsque Amcanil se réveilla, la moitié de la
matinée s'était déjà écoulée. Son premier réflexe fut de regarder autour
de lui pour voir si Goekin était revenu, mais il n'y avait personne, juste un
groupe d'oiseaux picorant le pain qu'il avait entamé la veille. Il les fit déguerpir
d'un geste de la main, puis il se leva et s'étira. Il contempla un instant le
soleil pour bien se réveiller, et il attrapa le morceau de pain qu'il mangea en
entier. Il but une minuscule goutte d'eau pour se rincer la bouche, mais pas
plus. Il s'habilla ensuite, et resta un moment à côté de ses sacs à réfléchir.
"Si j'étais Goekin, où irais-je ?" Sur cette question, il resta près de dix
minutes à méditer, n'arrivant pas à se concentrer convenablement. Goekin était son seul ami depuis qu'il était
arrivé à Zérin quelques années auparavant. Amcanil avait d'abord vécu comme
un vagabond, à voler sur les étalages, et à fouiller dans les poubelles pour
survivre, puis il avait rencontré Goekin. Un soir qu'il buvait un verre, seul,
dans une auberge, des hommes l'avait menacé de le tuer s'il ne leur payait pas
tout ce qu'ils voulaient. Naturellement, il avait refusé de se plier aux envies
de ces bêtes, mais les choses avait mal tournées. Les gros hommes l'avaient
attrapé et ils avaient commencé à le frapper violemment. Il avait du subir
ces attaques sans pouvoir se rebeller pendant de longues secondes sans que
personne n'y prête attention. Il avait hurlé, mais le tavernier lui avait
aussitôt cloué le bec en se joignant aux truands et en le tapant. Il essuya
encore quelques coups sans pouvoir réagir, puis des gardes avaient fait
irruption dans l'auberge. Tenant leurs épées dégainées, ils avaient
rapidement capturé les fautifs, avant de les jeter en prison pour quelques
semaines. Lorsque les gardes repartirent après avoir examiné l'elfe, un homme
s'approcha de lui. Plutôt jeune, cheveux bruns, yeux bruns et de taille
moyenne. "Ça va ?" avait-il dit. Amcanil avait répondu que oui, mais ce n'était
pas vrai. Il avait mal partout, il saignait à plusieurs endroits, et il pensait
voir quelques côtes fêlées. "Je vois bien que ça ne va pas"
avait continué le jeune homme. Celui-ci l'avait alors prit dans ses bras,
tandis qu'Amcanil se retenait de crier tellement le douleur était atroce, puis
ils étaient allé dans la maison du jeune homme. Là-bas, l'homme l'avait hébergé
et soigné pendant plusieurs jours. Naturellement, il lui avait posé des
questions, et Amcanil avait répondu. Oui, il venait de Xamoth, l'antique forêt des
elfes. Oui, il avait décidé de partir de là-bas pour visiter Zérin. Mais ce
que Amcanil n'avait pas dit, c'est qu'il n'était pas parti de son gré de
Xamoth. C'était les siens qui l'avaient banni du royaume à cause de son
irresponsabilité lors d'un combat avec des hommes qui avaient tentés de pénétrer
dans la forêt. Sur les huit hommes qui avaient voulu accéder au territoire des
elfes, un seul était reparti vivant. Amcanil et les hommes sous son
commandement avait tué tout les autres, sans pitié. Histoire de se défouler.
Mais rapidement la nouvelle se répandit dans Xamoth, et pas même une semaine
plus tard, il arpentait les chemins dans l'espoir de trouver une ville qui
voudrait l'accueillir. Et il avait trouvé Zérin. Une magnifique cité humaine,
près d'une vielle forêt, semblable à celle de Xamoth, et au pied d'une
immense montagne. Puis après des mois de errance, il s'était
retrouvé auprès de Goekin, la seule personne qui ne l'ait jamais aidé. Sans
lui, aujourd'hui il serait probablement mort. "C'est moi qui ai prévenu les gardes, dès
que j'ai vu les brigands s'approcher de toi, je suis parti en courant prévenir
des soldats que quelque chose allait se passer dans l'auberge". "Merci", avait-il soufflé, encore
un peu comateux. Il avait dormi plusieurs nuits sous le toit de
Goekin, son grand ami, puis un jour il avait décidé de quitter la belle petite
maison pour trouver un endroit où il pourrait vivre sans embêter quelqu'un. "J'ai justement ce que tu cherches",
s'était réjouit Goekin. Un peu plus haut dans la ville, Goekin possédait
une maison, que ses parents lui avaient laissé peu de temps avant mourir. Amcanil avait été très heureux d'apprendre
cela, et le lendemain il s'était retrouvé dans cette coquette maison. Il avait
remercié Goekin les larmes aux yeux, puis ils s'étaient dit au revoir. Pendant quelques semaines, il ne s'était que
très peu vu, et un soir qu'Amcanil se rendait dans une auberge, il avait vu les
hommes qui l'avaient torturé assis au fond de la salle. Il les avait épié un
bon moment, jusqu'au moment où ils se levèrent. Ils s'approchèrent d'une
table, et ils brutalisèrent une nouvelle victime. Amcanil ne pu tolérer ça.
Il se leva, une colère atroce bouillonnant dans son ventre, et il était allé
à la rencontre des hommes. Les brigands l'avait d'abord méprisé, et dans un
élan de rage, il attrapa tour à tour les hommes et leur fit endurer ce qu'il
avait subit des semaines auparavant. Une véritable frénésie s'était emparée
de lui, et si les hommes n'avaient pas détalé comme des lapins, il les
auraient sûrement massacré. Son apprentissage du combat alors qu'il était
encore à Xaroth l'avait grandement aidé. Il les avait ensuite regardé
s'enfuir encore rouge de colère, puis il avait posé son regard sur la victime
de ces truands. Un énorme sursaut l'avait parcouru quant il avait vu le visage
de l'homme. C'était Goekin. "Pourquoi voulaient-ils te battre ?" Goekin l'avait alors attrapé dans les bras,
pleurant presque. "Le jour où tu t'es fait agresser, ils
avaient juré de se venger en tuant celui qui avait prévenu les gardes, et c'était
moi, alors ils sont venu pour me tuer". Ils avaient parlé un long moment, heureux de
se retrouver dans des circonstances pareilles. Et depuis ce jour, ils ne s'étaient
presque plus quittés, se rendant toujours ensemble dans une auberge. Après tout, ce n'était qu'un juste retour
des choses. CHAPITRE
6 Goekin marchait rapidement. Sa dispute avec
Amcanil l'avait énormément énervé. "Comment ose t-il me traiter comme ça,
après tout ce que je lui ai fait ?" Vraiment, il n'avait jamais été aussi
nerveux. Il n'allait pas se remettre de cette querelle avant longtemps, très
longtemps. Peut-être même jamais ? Pour l'instant tout ce qui l'importait était
de s'éloigner au plus vite de l'elfe. Il avait marché, presque couru, pendant près
d'une heure, lorsqu'il se rappela la raison de sa présence dans cette. Il
devait rejoindre Rador, non ? D'un pas pressé, il fit demi-tour, puis il revint
sur les lieux de l'altercation, et à son grand soulagement Amcanil n'était
plus là, (mais juste quelques mètres au-dessus de sa tête). - Bon débarras, murmura t-il. Il s'éloigna rapidement de cet endroit qu'il
maudissait, ne jetant aucun regard en arrière. Si Amcanil voulait lui parler,
il lui faudrait attendre un bon moment, car Goekin n'était pas disposé à l'écouter
parler. Au fur et à mesure qu'il avançait dans cette
forêt, une grande faim l'envahit. D'abord il essaya de ne pas y penser,
souhaitant juste s'éloigner de l'elfe, mais son estomac réclamait trop à présent.
Il s'arrêta donc, et mangea un bon déjeuner. Il but beaucoup d'eau, car la
chaleur était écrasante, puis il décida de faire une petite sieste. Le repas
l'avait un peu calmé, mais il jugea bon de se reposer avant de continuer la
marche. Et puis ses jambes lui faisaient mal. Il posa sa tête contre le tronc d'un arbre,
et à l'abri sous l'ombre, il ne tarda pas à s'endormir. Lorsqu'il se réveilla,
deux ou trois heures plus tard, il se sentit bien et tout ragaillardi. Il dévora
quand même une pomme, histoire d'avoir le ventre plein avant la marche, puis il
remit ses sacs sur le dos, et il repartit vers le Nord. Il marcha patiemment
jusqu'à la tombée de la nuit, ne rencontrant que des écureuils, puis il décida
de s'arrêter pour dormir. Bien que la chaleur était retombée, la sueur
infestait toujours le visage de Goekin. Il s'essuya la tête avec son maillot
trempé, lui aussi, puis il s'aspergea le corps d'eau. Il lui restait encore
trois gourdes pleine, et l'idée de se rafraîchir lui plaisait bien. Il se vida
donc une gourde sur la tête, et l'eau ruissela jusqu'à ses jambes. Il s'assit
ensuite, agréablement humidifié, et alors qu'il préparait son dîner, il
tomba de sommeil sur l'herbe et passa une nuit paisible, le ventre vide. Le lendemain, il se réveilla tôt, et se prépara
un bon petit déjeuner. Quelques pommes et du pain, accompagnés d'une eau qui
avait rafraîchi pendant la nuit. Il mangea goulûment son repas, puis il s'apprêta
pour repartir. Durant cette même nuit, ses derniers
souvenirs d'Amcanil s'étaient évaporés, et ce fut donc d'une très bonne
humeur, qu'il repartit vers Rador. Une fois de plus, il n'y avait aucun nuage
dans le ciel, et le soleil brillait paisiblement. Mais la température n'était
pas aussi épouvantable que les jours précédents. - Une bonne journée en perspective, dit-il
tout haut. Et oui, dès le départ, la journée s'annonça
très belle. Il n'avait pas encore marché depuis plus d'une heure que les
arbres se firent plus éparses. Pendant un temps, il marcha à découvert, juste
le soleil tapant sur ses épaules, puis il entendit un faible bruit. Il s'arrêta sur place, et tendit l'oreille.
Un faible clapotis était audible. Souriant, il courut droit devant lui, d'où il
croyait que le bruit venait, et peu à peu le clapotis se fit plus fort. - Il doit y avoir une rivière par là-bas,
pensa t-il enjoué. En fait, il espérait plus qu'il ne le
pensait. Une rivière ou un petit lac serait le bienvenu pour ce rafraîchir par
cette chaleur. Et alors qu'il courait, il vit se dessiner une
rivière dans les hautes herbes, un peu en contrebas, à l'ombre de quelques
arbres. - Hourra, hurla t-il. Quelques corbeaux croassèrent en lui jetant
des regards noirs, mais Goekin n'y prêta aucune attention, il se déshabilla en
un instant, et il dévala la petite pente qui menait au ruisseau. Sans même se
mouiller, il se jeta dans l'eau et éclaboussa tout ce qui se trouvait à côté.
Par chance, le ruisseau était assez profond pour ne pas qu'il se cogne la tête,
mais en voulant remonter à la surface, il se cogna violemment les mains au
fond. Le cri déchirant s'éleva comme un feu dans
la foret. Il fit déguerpir tous les oiseaux qui dormaient sur les branches, et
deux lapins détalèrent quelques mètres à côté de l'eau. Goekin sortit immédiatement de l'eau, les
larmes aux yeux. Ses doigts lui faisaient atrocement mal. Maintenant ce n'était
plus qu'un doigt qui était cassé, mais tous. Il essaya de se masser pour faire
diminuer la douleur, mais à peine avait-il posé sa main dessus qu'il hurla. La
douleur était abominable, et en plus des fractures, il saignait abondamment.
Des grosses gouttes rouges tombaient sur l'herbe toute les secondes. Goekin
remonta en titubant pour trouver ses affaires, mais la douleur était toujours
aussi horrible, et le sang coulait toujours. Il se jeta contre ses sacs et fouilla de sa
main gauche dedans. Il tremblait, et l'eau fraîche qui mouillait son corps s'évaporait
rapidement. Pendant quelques interminables secondes il ne trouva pas de linges,
et il crut tomber dans les pommes, mais heureusement, il extirpa un maillot sale
et se le passa le plus délicatement qu'il put sur ces mains douloureuses. Il retint un cri entre ses dents, puis il se
força à essuyer son sang qui coulait toujours. Mais même en épongeant
doucement sa main des lances lui fouettaient les os. Tans pis, les mains lui faisaient trop mal. Il
retint son souffle, serrant le linge de toutes ses forces, puis il se l'enroula
du mieux qu'il put autour de sa main droite. Ce coup-ci il ne put retenir un cri. Il hurla
le plus fort possible tout en mettant le linge autour de sa main. Il y parvint.
Il réussit à faire un nœud assez serré pour qu'il ne se défasse au bout
d'une minute. Il serra très fort pour que ses doigts cassés ne bouge plus.
Pendant une minute, il crut que la douleur s'était calmée, mais à peine se
remettait-il debout, que la douleur se réveilla, encore plus insoutenable
qu'avant. Il vit des étoiles défiler devant ses yeux,
puis ce fut le noir complet. La douleur était trop forte, il s’évanouit. |