Captifs du Destin
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Captifs du Destin

  Chapitre 1

  Il était assis seul dans sa noble boutique. Il se tourmentait depuis de longues heures, revivant mentalement encore et encore la nuit infernale qui l’avait marqué à jamais. Cette nuit tragique où il perdit à la fois son mentor et père adoptif et sa meilleure amie... sa quasi-sœur... sa Taliane. Pourquoi avaient-ils fait cela? Pourquoi avoir tenté un gros coup, alors qu’un vol facile leur aurait rapporté moins et ne les aurait jamais séparés? Il ouvrit la bouche et gémit :

- Maxiol, mon père. Taliane... Taliane...

Une ombre entra dans la pièce et s’approcha tranquillement du pauvre être qui se lamentait. Il se pencha et lui souffla :

- Dak, arrête. Tu souffres inutilement. Arrête de te torturer.
- Arkos, mon meilleur ami, tu sais que tu es ma lumière dans le monde des ombres où je vis, répondit-il avec un léger sourire. Heureusement pour moi que tu étais là ce soir maudit, car sinon j’aurais été perdu.
- N’y pense plus, dit l’être qui semblait s’appeler Arkos et qui était plutôt grand pour un être humain. Nous devons nous dépêcher, il commence à se faire tard.
- Tu as raison mon grand. Ce soir nous irons à l’Auberge de l’Hobereau Apathique pour collecter nos informations, exprima-t-il en enfilant ses vêtements noirs et sa dague porte-bonheur tandis que l’autre ceignit son énorme épée dans son dos recouvert de peaux d’animaux.

Ils se levèrent puis se dirigèrent vers la porte, le géant dût se pencher pour éviter de se fracasser la tête sur le haut du cadre. Quand ils sortirent, le soleil se couchait tranquillement au loin et les rues de la ville d’Irmal se vidèrent tranquillement des gentilles gens pour faire la place à la racaille.

***

Pour se rendre du lieu de résidence de Dak et Arkos qui était situé dans le quartier des marchands jusqu’à ladite auberge, il fallait prendre plusieurs détours pour éviter les parties dangereuses de la ville qui étaient emplies de brigands, mendiants, prostituées, assassins, coupe-jarrets et autres. Tout cet amas de vermine polluait les ruelles de la noble ville qu’est Irmal et rendait l’endroit dangereux pour la population, malgré le fait que la ville était dirigée par un despote. Celui-ci n’avait de l’influence que sur les commerçants et les campagnards qui cherchaient la protection à Irmal, car cette ville était entourée de champs qui se remplissaient de créatures étranges toutes les nuits.
En passant dans les rues de cette ville, nos compagnons durent, à quelques reprises, montrer leurs lames pour éviter d’être agressés par les bandits qui pillaient les malheureux sans défense qui osaient se déplacer seuls la nuit. S’ils voulaient se rendre à l’endroit convenu, il leur fallait passer devant une des portes de la ville où des gardes un peu saouls s’amusaient à maltraiter les passants. Quand ils passèrent devant ces agents de l’ordre peu zélés, l’un d’eux décida d’arrêter les deux Irmaliens et il éleva la voix :

- Hep! Vous deux, venez ici qu’on vérifie si vous êtes en règle!
- Calme-toi, dit Dak tout bas à Arkos qui était sur le point de sortir son épée. N’oublie pas que c’est un garde et qu’on ne veut pas de problèmes avec eux.
- Que faites-vous? Vous refusez d’obéir à la loi?
- Mais non, valeureux garde, répondit Dak avec une voix mielleuse. Seulement, je disais à mon compagnon qu’il vous serait plus prudent de surveiller et de fouiller tous ceux qui veulent entrer dans la ville.
- Ha! Vous croyez pouvoir me donner des ordres! Vous entendez ce petit impertinent? cria-t-il aux gardes qui l’entouraient en sortant son épée. Vous savez que je suis un capitaine et que je peux faire exécuter ceux qui se moquent de moi et ce, sans procès?
- Oui, mais savez-vous que mon compagnon pourrait facilement tous vous massacrer, répondit-il en pointant son compagnon qui prit un air sauvage en laissant couler de la salive.
Arkos se mit à rugir. Le capitaine sursauta et se mit à reculer en le reconnaissant :
- C’est... C’est... le semi-géant qui est le champion invaincu aux combats de gladiateurs!
- C’est bien lui, mais ce n’est pas un semi-géant, simplement un quart-géant, si je peux m’exprimer ainsi, expliqua Dak en prenant son air le plus candide possible. Voyez-vous, sa mère était une humaine et son père un semi-géant.
- Oui, oui, monsieur. Je vois, je vois. Avez-vous besoin de quelque chose monsieur?
- Oui, que vous fassiez correctement votre travail en harcelant les gens qui veulent entrer et non les gens qui sont déjà à l’intérieur de notre Irmal chérie. Et ainsi que vous arrêtiez de talonner les honnêtes voleurs comme moi, ajouta-t-il pour lui-même.
- Bien en accord avec vous monsieur.
- Capitaine! Un homme à cheval désire entrer dans la ville, cria un garde du haut du rempart.
- Dites-lui qu’il peut entrer, mais nous lui ferons une fouille complète, répondit-il en gardant un œil sur l’épée gigantesque du géant chauve.

Les deux compères partirent ensemble au moment où le voyageur qui voulait entrer se fit sauter dessus par 3 gardes armés jusqu’aux dents. Celui-ci s’écria :

- Que me voulez-vous? Vous m’avez laissé entrer!
- Inspection, répondit simplement le capitaine. Il va falloir vous fouiller et vous questionner.
- Mais pourquoi? Vous voyez bien que je ne suis pas armé, implora-t-il.
- Vous êtes arrivé après la fermeture des portes de la ville, c’est le règlement.
- Mais je viens ici tous les mois et c’est la première fois que…
- Silence! Vous ne parlerez que lorsque je vous l’ordonnerai, coupa le capitaine. Emmenez-le et questionnez-le, c’est peut-être un monstre qui tente de se jouer de nous. Vous avez carte blanche, ajouta-t-il à l’intention des gardes.
- Mais je n’ai rien fait, je suis un honnête vendeur de produits servant à faire des potions et des onguents, bredouilla-t-il.
- Ce ne sont pas nos problèmes, dit un des gardes qui l’emmenaient dans un petit bâtiment à proximité de la porte.

  Chapitre 2

Dak et Arkos arrivèrent enfin à l’Auberge de l’Hobereau Apathique. Celle-ci contenait une clientèle assez diversifiée, car les chambres et la nourriture étaient acceptables, ce qui était rare durant ces sombres années, d’autant plus que le tout était à un prix relativement peu élevé. Malgré le fait que quelques nobles côtoyaient les paysans ayant peu d’écus à dépenser, chacun restait avec des gens de sa caste, ce qui, d’une certaine façon, évitait les possibles conflits qui auraient pu survenir. Donc, dans cette auberge, il y avait quelques groupes éparpillés dans la salle dont les membres restaient ensemble en surveillant les autres groupes avec des regards suspicieux.

Juste avant d’entrer dans ce lieu, Dak donna quelques pièces à son copain pour qu’il se nourrisse pendant que lui surveillerait les gens pour savoir lesquels seraient de bonnes victimes. En d’autres termes, voler un maximum tout en ayant un minimum de problèmes. L’un entra quelques minutes après l’autre, pour qu’on ne se doute pas qu’ils étaient complices. Le voleur alla s’asseoir seul à une table vide dans un coin pour avoir une vue d’ensemble de la grande pièce, tandis que le guerrier alla à la rencontre d’un groupe d’aventuriers aux sens légèrement affaiblis par l’alcool. La serveuse s’approcha de Dak et celui-ci commanda un simple repas du jour avec un verre de vin.
Tandis qu’il mangeait tranquillement son repas, il observait tous les visiteurs. Il fut un peu déçu de constater qu’il n’y avait pas grand chose d’intéressant. La meilleure prise de la soirée étant un marchand bedonnant qui était en train de tout perdre son avoir en jouant aux cartes avec quelqu’un. Dak allait se lever pour partir, se disant qu’il ne faisait que perdre son temps, quand un groupe aux allures pittoresques entra. Il les observa et constata qu’ils étaient seulement trois : un elfe, un nain et une semi-elfe. Le plus petit des trois prit la parole :

- Je crois bien que c’est l’endroit indiqué par la petite.
- C’est un des pires lieux que j’ai visité, la fumée nous empêche de voir correctement et, en plus, cet emplacement empeste, constata l’elfe avec dégoût. Vous êtes certaine que c’est le bon endroit, grande prêtresse, demanda-t-il en se tournant vers la femme vêtue d’une grande robe noire marquée d’une lune et d’un foulard cachant la moitié inférieure de son visage.

Dak sursauta en entendant cela. Il la reconnut comme étant une prêtresse de Simtania. Cela lui rappela le vol manqué qui avait coûté la vie des deux êtres qui lui étaient les plus chers : le tout s’étant passé dans un temple de la déesse en question. Il fit un sourire malveillant et se rapprocha subtilement du groupe en question pour espionner leur conversation. Heureusement pour lui, le nain parlait fort et en disait un peu trop :

- Alors, vous êtes sûre de vouloir rester ici grande prêtresse, je suis certain qu’il y a dans cette ville une auberge de meilleure qualité.
- Il a raison, reprit l’elfe. Cet endroit peut être dangereux.

La prêtresse hocha de la tête en signe de non. L’elfe qui portait une toge noire et rouge sur laquelle était attachée une incroyable quantité de bourses reprit la parole :

- Comme vous vous voudrez, c’est vous qui dirigez notre expédition. Cependant, cet endroit ne m’inspire guère confiance, je sens quelque chose de mauvais.
- Que veux-tu Jav? Elle a décidé de rester ici, trancha le nain en lissant sa longue barbe rousse. La petite nous a conseillés de nous sustenter ici avant d’aller la rejoindre. Si elle est allée voir une ancienne connaissance, cela peut être long, nous ferions mieux de manger avant de la retrouver au cimetière.
- C’est d’accord, Kleck, mais s’il nous arrive malheur... souffla le << Jav >> qui devait être un sorcier, selon les déductions de notre voleur.
- Bon! Maintenant, mangeons! Il nous faudra beaucoup de force pour ramener l’artefact et le traité de paix, dit Kleck sans prendre conscience de ses paroles.
- Silence, idiot! s’écria le sorcier en regardant autour de lui et constatant que tout le monde les observait. Nous ferions mieux de partir.

La prêtresse, sans dire un mot, se leva et sortit, suivie de ses compagnons. Dak se caressa les mains en signe de satisfaction. Il fit le point dans sa tête : << Si je mets tout cela ensemble, nous avons une vengeance sur ce culte qui vénère la lune, le gain d’un artefact et d’un traité quelconque, une possibilité d’empocher quelques pièces d’or et, naturellement, des équipements. Pour ce faire, je dois les coincer au cimetière et les forcer à me donner le tout. On les élimine et on part avec le magot. Je n’ai qu’à faire signe à Arkos de sortir. Arkos, c’est vrai! Qu’est-il devenu? >>.
Quand il revint à la réalité, il vit son compagnon crier des insultes à un des aventuriers avec qui il partageait une bière quelques secondes plus tôt. L’autre lui fit un quolibet et se ramassa un énorme coup de poing au ventre venant du semi-géant. Il se mit à crier et tous les gens, voyant qu’une bagarre était déclarée, commencèrent à se cogner à qui mieux mieux. Dak constata que s’ils restaient, ils auraient des problèmes avec la garde. Il se rapprocha de son compagnon, frappant de sa dague pour se frayer un chemin parmi la foule qui était devenue enragée. Quand il arriva à proximité de son compagnon, il lui fit signe et ils sortirent ensemble par la porte de derrière.
Rendu à l’extérieur, Dak prit la parole :

- Qu’est-ce qui t’a pris?
- Il s’est mis à se moquer de moi quand il a vu ma flétrissure en forme de menottes. Il m’a traité de sale esclave et m’a dit que la seule chose que je méritais était de me faire fouetter dans une galère à longueur de journée. Je me suis fâché et je l’ai frappé, dit-il le plus naïvement du monde. C’est lui qui a commencé.
- C’est bien… c’est bien… Maintenant, tu vas me suivre. J’ai trouvé de bons clients, dit-il avec un sourire narquois. C’est au cimetière cette fois-ci.

Les deux s’en allèrent en courant dans des ruelles qui se voulaient être des raccourcis.

***

Pendant ces événements, le pauvre vendeur de produit reçut une salve de gifles violentes par le capitaine de la garde qui ne faisait que se défouler sur le pauvre homme. Quand le tortionnaire se sentit fatigué, on le relâcha. Le torturé se dirigea à l’auberge où il se reposait habituellement lorsqu’il venait porter ses produits en ville.
Après quelques détours dans les rues les plus sûres, il arriva à l’auberge. Il alla reconduire son cheval dans la petite écurie qui était annexée à la taverne en question. Au moment où il allait entrer, une semi-elfe suivie d’un elfe et d’un nain sortirent. Il les laissa passer, puis pénétra. Il alla s’asseoir à une table en attendant d’être servi. Tout était normal, quand, tout à coup, il vit un être gigantesque qui frappa un jeune homme dans le ventre ce qui démarra une bagarre générale. Ne voulant pas avoir de problèmes, il tenta de sortir, mais ce fut en vain, car lorsqu’il arriva enfin au portique, il fut intercepté par des gardes qui entrèrent en force dans le bâtiment.
Il fut arrêté, comme tous les autres, et emmené dans la prison de la ville. Malgré ses protestations, on le jeta dans un cachot exigu avec tous les autres saoulons. Il tenta de supplier les gardes, mais ses lamentations se répercutèrent sur les murs ternes de la prison sans qu’on y porta attention.

  Chapitre 3

Les deux ombres arrivèrent en premier au cimetière et elles purent disposer du temps nécessaire pour se positionner de façon stratégique afin de coincer leurs cibles facilement. Arkos se cacha derrière une statue érigée en l’honneur d’un illustre inconnu, tandis que Dak resta en plein milieu du petit passage qui zigzaguait entre les tombes et qui se rendait au plus profond des catacombes de la ville où même les gens les plus courageux évitaient d’aller. Dak regarda en direction de cet endroit et un frisson parcourut tous les moindres points de son corps pour le foudroyer. Il tourna la tête et tenta de se concentrer sur la situation qui arriverait bientôt pour faire abstraction de ce lieu maudit.
Une bonne dizaine de minutes passa avant qu’il ne vit le groupe arriver. Il se caressa les jointures, puis tenta de se redresser pour paraître plus imposant. Quand les trois compagnons arrivèrent à l’endroit où se tenait Dak, ils s’arrêtèrent en voyant la masse noire qu’il formait. L’elfe prit la parole :

- Est-ce toi?
- Oui, c’est moi, répondit Dak. L’ange du mal qui vient chercher vengeance.
- Qui êtes-vous? s’écria le nain.
- Un simple être qui demande réparation.
- Et pouvons-nous faire pour vous aider? demanda Jav en préparant le début de l'incantation d'un sort paralysant.
- Simplement me donner votre artefact, votre traité, votre or, vos équipements et la prêtresse, répondit l’homme en noir.
- Jamais sans nous avoir tués! s’écria le nain en sortant une de ses haches.
- C’est votre choix, répondit-il mystérieusement en claquant des doigts.

À ce moment précis, Arkos sauta sur le nain en hurlant. Kleck fit volte-face et para l’attaque. Le sorcier se plaça entre la semi-elfe et le malfaiteur et fit de grands gestes avec ses mains tout en prononçant des paroles cabalistiques. Il suspendit son mouvement et se mit à parler normalement :

- Que se passe-t-il? Mes pouvoirs sont inefficaces!
- Normal, car vous vous trouvez présentement dans une zone de magie morte. Maintenant donnez-moi ce que je demande.
- Vous êtes immonde, répondit l’elfe avec un léger sourire.

Ce visage parut étrange à Dak. Il suivit le regard de l’elfe et remarqua qu’on allait le frapper dans le dos. Il sortit sa dague et plongea sur sa victime qui en tomba. Tous deux roulèrent par terre, dans la poussière. L’agresseur de Dak s’arrêta subitement, ce qui lui permit de plonger et d’enfoncer sa dague porte-bonheur dans le bras de l’ennemi. Il se releva, s’épousseta et remarqua que le combat entre son copain et le nain avait redoublé d’ardeur et qu’aucun des deux ne semblait avoir pris le dessus. Il constata aussi que le sorcier s’était placé devant la prêtresse de façon à former un mur avec son corps. Une petite voix gémissante se fit entendre :

- Aidez-moi! Je sens mes forces me quitter.
- Bien sûr que je vais t’aider, répondit Dak en se penchant pour lui découvrir le visage et l’achever par la suite.

Il s’arrêta dans son mouvement et sursauta :

- Taliane?! Est-ce bien toi?
- Dak, mon petit Dak, couina-t-elle. Que m’as-tu fait?
- Je ne savais pas que c’était toi. Comment est-ce... Pourquoi... Je n’y comprends rien, bégaya-t-il.
- Je me meurs, toussota-t-elle.
- Non! Je ne te perdrai pas à nouveau, rugit-il. Arkos! Arrête ton combat et viens m’aider!

Tout le monde s’était arrêté pour regarder la scène avec la plus grande incompréhension. Le sorcier brisa le silence :

- Vous vous connaissez?
- Oui... C’est ma sœur, révéla le voleur. Il faut m’aider, j’ai peur que ma dague empoisonnée ne la tue.
- Que peut-on faire? demanda Kleck.
- M’écouter sans faire de problèmes, répondit celui-ci. Arkos, prends-la dans tes bras, nous allons chez l’apothicaire Danic Crevalts immédiatement.

Le semi-géant rangea son épée et la souleva dans ses bras. Le nain se pencha vers ses compagnons :

- Peut-on lui faire confiance?
- Nous n’avons pas le choix, répondit Jav. D’autant plus que Taliane semblait les connaître.
La fille de Simtania acquiesça de la tête et toute la troupe s’en fut dans les sombres rues d’Irmal.

***
Peu de temps après, ils s’arrêtèrent devant une jolie petite boutique. Dak frappa jusqu’à ce que la porte s’ouvre et que la petite tête d’un vieil homme barbu se fasse voir :

- Que voulez-vous? La boutique est fermée!
- Danic! Mets tes lunettes! C’est moi, Dak Doigts-agiles, et c’est un cas urgent.
- Ho! Monsieur Doigts-agiles! Que puis-je pour vous? s’enquit-il avec une voix qui se voulait gentille mais qui restait fatiguée.
- Laisse-nous entrer, dit-il alors qu’il était déjà à l’intérieur. J’ai ici une blessée qui est empoisonnée. Peux-tu t’en occuper?
- Naturellement Monsieur, je ne suis pas apothicaire pour rien.
- Tu nous offres le gîte pour la nuit, tu la sauves et j’annule ta dette, marchanda Doigts-agiles.
- Je crois que je ne vais pas refuser. Seulement, pouvez-vous m’expliquer ce qui s’est passé? demanda-t-il en plaçant un linge mouillé sur le front de la malade couchée sur un lit.

Dak lui raconta rapidement l’histoire en omettant certains bouts. Puis, Danic reprend la parole :

- Avez-vous toujours la dague pour que je puisse savoir de quel poison il est enduit?
Le voleur la lui tendit. Il la prit et alla dans son arrière-boutique. Après un interminable vingt minutes, il revint et annonça :
- Je sais ce que c’est. Un poison classique, mais dont l’antidote est très spécifique. Malheureusement, il me manque la composante essentielle. Mais vous êtes chanceux, car mon fournisseur devrait m’en apporter demain à l’aube. Avec mes bons soins, la jeune demoiselle devrait passer la nuit. Allez vous coucher, je m’occupe de tout.

Bien que tout le monde fut fatigué, personne n’alla se coucher. Ils restèrent tous silencieux et ils fixèrent la porte de la chambre de la malade.

***

Pendant ces événements, à l’auberge, un jeune garçon d’écurie d’environ 15 ans était en train de s’occuper des chevaux, comme à son habitude. Il arriva au dernier cheval et remarqua qu’il n’avait pas été enregistré. Il constata que le possesseur de l’animal avait omis d’enlever ses sacs qui étaient restés attachés à la selle. Il se dit que la personne avait dû être empêchée de l’enregistrer à cause de la bagarre et qu’il pourrait subtiliser les sacoches. Il se mit à fouiller à l’intérieur de ceux-ci et trouva des fioles multicolores, des plantes étranges, des insectes morts et toutes sortes de substances étranges. Il se dit que cela pourrait intéresser le vieux fou caché dans les catacombes de la ville. De toute façon, le lendemain, il était supposé aller le voir pour lui vendre des informations concernant les activités dans la ville durant les dernières semaines. Satisfait, il alla se coucher dans le foin en imaginant les récompenses qu’il pourrait en retirer.

  Chapitre 4

La nuit fût longue pour tous et certains croulèrent sous la fatigue. C’est ainsi qu’ils se relayèrent à environ toutes les heures pour veiller au chevet de la jeune femme. Kleck et Arkos semblaient devenir amicaux l’un envers l’autre, car ils échangèrent quelques parole pour se féliciter de leur duel. Le lendemain matin, alors qu’ils étaient tous attablés, l’elfe prit la parole et dit :

- Donc, vous seriez ce fameux Dak Doigts-agiles que Taliane voulait revoir et ce, avec impatience.
- Effectivement, mais puis-je savoir qui sont les compagnons de ma Taliane?
- Kleck Double-Hache fils de Darock Barbe-Sans-Fin, répondit le nain. Commerçant et garde du corps dans mes temps libres.
- Javinel’Tlal Cornotusil, pour vous servir, se présenta l’elfe. Un puissant sorcier et membre du conseil royal du Chesson. Mais ne dites rien là-dessus.
- Vixine de Ladiniss, prêtresse de la Grande Simtania, déesse de la Lune et de la nuit, ajouta une petite voix calme.
- Enchanté! Je suis bien Dak Doigt-agiles, un simple voleur et revendeur de produits volés, admit celui-ci, car il sentit qu’il pouvait leur faire confiance et que d’une certaine façon, il n’avait pas le choix.
- Moi, c’est Arkos Écrase-Crâne, meilleur ami de Dak, déclara le semi-géant.
- Danic Crevalts...
Il commença sa phrase, mais fut coupé par Dak :
- Vous êtes ici avec un traité, donc vous n’êtes pas venu seulement pour me ramener ma Taliane chérie.
- Tu as raison, assura Javinel. Je vais te confier ce que nous faisons ici, mais en échange, tu nous promets que tu ne tenteras rien contre nous.
- Promis! Si je ne tiens pas ce vœu, que Volteck, le dieu de la chance et des voleurs me jette un mauvais sort, affirma-t-il en plaçant ses bras en croix devant lui.
- Parfait, maintenant, écoute-moi bien, car je ne le répéterai pas.
- Naturellement, glissa le voleur.
- Depuis des années l’Itylich, votre pays, est resté neutre avec le Chesson, le nôtre. Alors, à Farc, capitale du Chesson, nous avons décidé qu’il était temps que nos deux pays s’unissent. Pour ce faire, nous avons décidé d’envoyer une petite troupe, ça c’est nous, pour représenter notre peuple. Soit Mademoiselle de Ladiniss pour représenter les semi-elfes, moi pour figurer comme un être du conseil et ainsi de suite. Nous avons pour mission de transporter le traité et un artefact de grande valeur à votre capitale, Rauthos, expliqua l’elfe. Quand Taliane a su que nous passerions par Irmal, elle nous a demandé si elle pouvait se libérer pour aller rencontrer un ancien compagnon qui est nul autre que toi.
- Il y a quelque chose que je ne comprends pas : Pourquoi tentez-vous de passer incognito sur nos terres? demanda-t-il.
- C’est simple. Au départ, nous étions avec une poignée de gardes valeureux. Seulement, notre voyage en mer ne fut pas de tout repos et nous fûmes coincés dans une tempête gigantesque. Le bateau se rompit et les fidèles matelots, ne voulant nous voir mourir, nous laissèrent entrer les premiers dans un canot. Je ne sais ce qui est arrivé aux autres, mais j’ai des doutes.

Vixine fit un signe religieux et remua légèrement les lèvres.

- Donc, notre chaloupe dériva et nous accostâmes à Javiss, une ville à proximité, continua le sorcier. Nous avons donc cherché un carrosse ou autre chose de ce genre pour des personnes de notre rang, mais cette ville n’en contenait pas. On nous indiqua le chemin le plus rapide vers Rauthos et nous voici à Irmal qui est entre les deux villes que j’ai nommées précédemment, élucida Cornotusil.
- Je comprends tout cela, mais comment se fait-il qu’elle soit avec vous : je la croyais morte depuis dix ans.
- Je peux répondre à ceci, s’exprima la voix paisible et douce de Vixine qui invitait à rejoindre le monde onirique tout doucement et calmement. Un jour, alors que je vivais une journée simple dans le temple de la Grande Déesse, on vint me voir. On m’expliqua que je venais de passer un stade crucial dans l’évolution au sein du temple et on m’offrit ma première esclave : c’était Taliane Noc. Elle devint ma meilleure amie. Elle me confia toute sa vie et j’en fis de même. J’appris que le jour où elle tenta le vol dans le temple de cette ville avec vous, elle ne put se sauver et on l’endormit magiquement pour me la donner.
- Je comprends tout maintenant, s’écria le filou.
- Maintenant, à vous de nous expliquer votre lien de parenté avec la petite, dit le nain en arrêtant sa discussion avec Arkos sur leurs plus grands exploits martiaux.
- Je suis un orphelin, mais je fus recueilli par un homme dénommé Maxiol Noc, clarifia-t-il. Cet homme avait une fille de deux ans à l’époque : c’était Taliane. Il nous apprit tout de son art de voleur et de revendeur de marchandises volées. Puis, un soir, à trois, nous tentèrent le gros coup dans un temple de Simtania. Mais vous connaissez déjà l’histoire je crois.

Il se lissa les cheveux et en profita pour sécher la larme qui perlait de son œil. Ils finirent leur repas et c’est à ce moment que Danic prit la parole :

- Il est très étrange que mon fournisseur ne soit pas arrivé. Généralement, il vient déjeuner avec moi après avoir payé sa nuit à l’auberge.
- Dites-nous quelle est cette auberge et nous irons le chercher, déclara le nain.
- Très bien, car la malade, bien qu’elle soit endormie, ne tiendra pas encore longtemps, avertit Danic.
- D’accord, mais où est-ce et quel est son nom? demanda Dak.
- Guildo Cristea va toujours à l’Auberge de l’Hobereau Apathique.
- Heum… J’irai avec Arkos, annonça-t-il.
- Non, car nous venons avec vous, compléta Javinel’Tlal.
- Sans moi, déclara Vixine. Je resterai ici pour prier ma déesse qui, je suis sûre, l’épargnera.
- Nous reviendrons avec les composantes nécessaires, avec ou sans ce Guildo, assura le voleur aux yeux bleus avant de se lever.

Ainsi, les quatre mâles sortirent de la petite boutique. Ils traversèrent les rues d’Irmal qui commençaient à s’animer : les vendeurs étalaient leurs produits périmés, les enfants se battaient au couteau, les vieux ressemblants à des cadavres se plaignaient, les jeunes hommes fanfaronnaient sur leur dernière conquête, les gardes débauchés fouillaient les délicieuses jeunes demoiselles pour vérifier si elles étaient bien en règle, etc. Bien que toute cette agitation étonna les deux Farciens, elle fut reçue avec la plus totale indifférence par nos deux Irmaliens.
Leur promenade fut quelque peu longue et ils arrivèrent à l’auberge vers l’heure du dîner. Lorsqu’ils entrèrent, le propriétaire, reconnaissant son trouble-fête, Arkos, leur dit :

- Vous ne pouvez plus entrer ici. J’ai décidé de vous bloquer l’accès. Si vous ne m’écoutez pas j’appelle la garde. De toute façon, il ne reste plus de table ou de chaise en bon état.
- Tu es mieux d’oublier cela, aubergiste. Sinon, mon ami, ici, peut te donner un coup qui te rendra amnésique, affirma Dak, avec assurance.

L’aubergiste qui n’était qu’un pauvre homme qui voulait désespérément sauver sa peau dans ce monde impitoyable se calma et dit, en allant chercher une table et quatre chaises à l’arrière :

- Très bien. Ces messieurs désirent-ils manger ou boire quelque chose? C’est la maison qui paye!
- C’est bien gentil de votre part, remercia le nain.
- Après nous avoir amené les plats, tu viendras t’asseoir avec nous, ordonna gentiment, mais autoritairement Dak.
- Bien monsieur.

Ils attendirent une vingtaine de minutes et l’aubergiste revint avec de la viande pour Dak, Arkos et Kleck et une petite salade pour Javinel’Tlal. Il s’assit avec eux et Dak prit la parole :

- Bon, as-tu un client nommé Guildo Cristea?
- Désolé, généralement ce n’est pas moi qui m’occupe des clients. Je suis le propriétaire de l’établissement. La plupart du temps, c’est mon employé qui remplit la fonction d’aubergiste. Le problème, c’est qu’il a été emmené par les gardes hier, répondit-il en faisant un œil mauvais à Arkos.
- Dans ce cas, y aurait-il quelqu’un ici qui connaîtrait bien les clients? demanda Javinel.
- Il y aurait mon garçon d’écurie, je vais voir s’il n’est pas encore parti, dit-il en se levant.
- Vas-y, nous t’attendons, déclara Dak.
- Que faisons-nous si on ne le trouve pas? demanda Kleck quand l’homme fut parti.
- Je crains qu’il aille nous falloir retourner chez Danic.
- Le voici! Il allait justement partir, déclara le propriétaire de l’auberge en revenant. Vous êtes chanceux.
- Bonjour messieurs, déclara le jeune homme. J’espère que cela ne sera pas trop long, il faut que j’aille voir le sorcier, pensa-t-il.
- Sais-tu pourquoi nous voulons te voir? demanda Dak.
- Non, monsieur.
- D’accord. Dans ce cas, sais-tu qu’il y a eu une bagarre dans l’auberge hier?
- Oui et je crois que c’est à cause de monsieur, affirma-t-il en pointant Arkos du doigt.
- Oui... Bien... Sais-tu si un homme nommé Guildo Cristea est venu hier?
- Je puis vous affirmer qu’il n’était pas sur la liste de ceux qui avaient besoin qu’on s’occupe de leur cheval, informa-t-il. Je l’aurai peut-être aperçu, pouvez-vous me donner sa description.
- Malheureusement, non. Mais je sais que c’est un vendeur de produits servant à faire des composantes et qu’il venait ici pour se reposer à chaque fois qu’il était en ville.
- Ha bon, souffla le rouquin en serrant le sac volé qu’il avait gardé avec lui.
- Tu es sûr de ne pas le connaître?
- Attendez! Cela me revient. Non, désolé, je ne l’ai pas vu hier. Il a peut-être été retardé.
- C’est possible.
- Est-ce tout ou vous voulez encore quelque chose? questionna-t-il en se levant pour se diriger vers la sortie.
- Non, c’est tout. Merci de nous avoir aidés, répondit Dak en lui tendant une pièce de cuivre alors que celui-ci était déjà sorti en courant.
- Il me semble bien pressé le jeune homme, déclara le nain.
- C’est louche, affirma l’elfe aux cheveux argentés.
- Je crois que nous n’avons plus rien à faire ici, dit Dak.
- Attendez! Je finis mon troisième bock de bière, avertit Arkos en le vidant d’un coup.

Ils se levèrent et se dirigèrent vers la sortie.

***

<< Ces idiots m’ont fait prendre du retard! J’espère que le vieux fou ne me punira pas >> pensait le jeune homme tandis qu’il traversait les rues d’Irmal en courant. Quand il arriva à proximité du cimetière, il ralentit sa course, arracha quelques fleurs du sol, prit un air triste et entra. Il déambula, se rapprochant tranquillement de l’endroit où était situé l’entrée des catacombes. Rendu à proximité, il jeta des regards furtifs autour de lui et s’enfonça dans les ténèbres enveloppantes.
Après un court moment de déambulation dans les couloirs tortueux où étaient peintes des images représentants différents événements d’un passé oublié de tous, il arriva au bout d’un corridor qui débouchait sur une porte scellée. Il observa un peu les fresques où on pouvait voir des êtres qui se massacraient sous l’œil malveillant d’une divinité quelconque. Il soupira pour se donner un peu de courage et dit : << Flem est le seul vrai dieu >>, puis pour lui-même : << Ce dieu de la mort me glace les os >>. Puis, tout autour de lui se mit à vibrer légèrement pour finalement s’arrêter et la porte s’ouvrit.
Il entra et cria : << Me voici comme vous le souhaitiez grand sage! >>. Il ne reçu aucune réponse. Il décida, donc, de faire le tour des pièces qui se rattachaient à celle où il était.
Il ne trouva rien. Cela le contraria vraiment, alors, il ouvrit la dernière porte d’un coup. Mal lui en prit, car l’ouverture de la porte forma un courant d’air qui alla s’échouer sur 5 bougies qui étaient disposées autour d’un :

- DÉMON!!!!!!!!!! hurla le jeune homme.

Le démon, ainsi libéré fit un sourire méphistophélique en imaginant toutes les souffrances qu’il pourrait infliger au pauvre jeune homme. Pour lui c’était une vraie jouissance pure! Il leva son katana trop affûté au-dessus de lui et le laissa retomber à l’endroit précis où se tenait le jeune homme. Le garçon d’écurie poussa un cri de détresse qui alla se perdre et s’emmurer dans les mystères de ce lieu diabolique.

***

Le groupe retournait tristement à la demeure de Danic, car ils n’avaient pas trouvé ce qu’ils cherchaient, donc ils devinaient le sort qui arriverait à Taliane. Arkos et Kleck se racontaient des farces absurdes, Javinel’Tlal surveillait tout ce qui se passait autour d’eux : il sentait une peur grandissante en lui, tandis que Dak réfléchissait : << Je sais qui pourrait nous fournir les composantes nécessaires : Le vieux fou des catacombes. Mais il voudra quelque chose en échange. Je lui donnerai l’elfe pour qu’il augmente ses pouvoirs magiques. Puis, je dirai à Arkos de tuer le nain. Et je confierai le cadavre au fou. En somme, un plan exquis! >>. Il éleva la voix :

- Messieurs, j’ai déniché un endroit où trouver ce que nous cherchons.
- Où ça? demanda Arkos.
- Suivez-moi et ne dites rien.

Ils cheminèrent donc en direction du cimetière. Javinel’Tlal éleva la voix :

- Il est bien étrange que nous soyons en ce lieu. Auriez-vous envie de vous débarrasser de nous?
- Je vous ai dit de me suivre sans dire un mot, rétorqua Dak.
- Cette histoire est louche, dit l’elfe aux yeux argentés en se penchant vers Kleck.
- Il y a un proverbe nain qui exprime parfaitement notre situation : Si on ne dit rien à un nain, ce n’est jamais pour son bien, souffla le petit être au casque à corne.

La troupe traversa les chemins tortueux du cimetière et cela les mena devant les mystérieuses catacombes. Dak entra et leur fit signe de le suivre. Arkos y pénétra à son tour. Les deux autres, malgré leurs réticences, entrèrent.
Cela faisait quelque temps qu’ils se déplaçaient dans ces lieux où la lumière du jour n’était qu’un petit point lumineux au bout du corridor derrière eux. Heureusement pour eux, il y avait quelques torches mourantes qui leur permettaient de voir qu’à faible distance devant eux. Dak et Arkos se déplaçaient tranquillement comme si ce n’était qu’une simple promenade dans une clairière, tandis que les deux Farciens restaient sur leurs gardes, prêts à tout. Subitement, le voleur s’arrêta et regarda la troupe :

- Nous sommes arrivés à la porte. Il ne me reste plus qu’à me rappeler le code spécial qui permet de l’ouvrir.

Il se mit à fouiller dans sa mémoire, mais fit un regard désappointé qui voulait dire : << J’ai oublié >>. À ce moment, le sorcier incanta :

- Savo Ir Lem Ots Ecret. La phrase clé est : Flem est le seul vrai dieu.
- Oui c’est exactement ça! s’enjoua le voleur.
- Heureusement que Vixine n’est pas là, sinon elle nous aurait fait un long exposé sur la grandeur et la puissance de sa déesse, grommela le nain.

Puis, les murs se mirent à vibrer et la porte s’ouvrit. Ce qu’ils virent à l’intérieur les étonna. Un monstre humanoïde entouré de 3 petites créatures frappait sur une bulle dans laquelle était enfermé un vieil homme à la peau parcheminée. Javinel recula et cria :

- Un cambion entouré de mânes!
- Et ça signifie? demanda Arkos.
- Les mânes ne sont que des démons mineurs, des déchets. Le seul danger est que lors de leur mort, ils dégagent une vapeur empoisonnante. Pour parer cette attaque du désespoir, il faut simplement éviter de respirer l’air qui s’en dégage. Tandis que le plus grand, celui qui ressemble à un humain est mi-humain, mi-démon. Il est le plus dangereux.
- Et le rond rouge derrière eux? questionna Arkos.
- C’est le portail qui leur permet d’entrer. Je ne peux le refermer seul, il faut plus d’énergie magique, termina-t-il au moment où un autre mâne entrait dans la pièce.

Tous se mirent un morceau de linge sur la bouche et le nez. Kleck regarda Arkos et, d’un signe de tête, ils s’élancèrent tous les deux dans la mêlée. Dak regarda l’elfe :

- Nous avons une diversion. Je vais chercher le sorcier et tu supportes les guerriers.
- D’accord, répondit celui-ci.

Dak utilisa toutes ses qualités pour se fondre dans le décor et se rendre jusqu’à l’endroit où était embusqué le vieux mage. Il profita d’une trouée créée par les deux guerriers pour passer. Il dut enjamber le corps d’un mâne agonisant. Il lui fallut quand même jouer de son épée et en éventra un au passage qui faillit avoir le temps de le griffer à l’épaule. Lorsqu’il fut à proximité du sorcier, celui-ci sortit de sa bulle protectrice et se cacha derrière le voleur. Dak en profita pour évaluer la situation : Kleck, avec ses deux haches et son armure de plates, tranchait des membres dans l’amas de mânes qui ne cessait d’augmenter, Arkos se battait contre le cambion et était supporté par Javinel’Tlal qui lançait des magies peu destructives, mais qui déconcentraient le cambion. Dak se tourna vers le vieil homme :

- Notre sorcier nous a dit qu’il lui faut plus de pouvoir pour fermer la porte, en êtes-vous capable?
- Bien sûr, vous me prenez pour qui? répondit celui-ci en se dirigeant vers le portail.

Javinel comprit tout de suite et alla au côté du vieil homme. Tous les deux se regardèrent un instant, puis se mirent à incanter. Pendant ce temps, Dak alla rejoindre Kleck pour achever le travail. Le nain devait être à la cinquième créature qu’il raccourcissait. Le démon semblait supérieur à Arkos, mais celui-ci réussissait à se défendre assez bien.
Après dix minutes qui parurent très longues, le portail se referma. Kleck et Dak avaient éliminé tous les mânes. Le nain alla, donc, porter secours à Arkos. Tous les trois ferraillaient férocement, mais le cambion tint bon. Dak, en profita pour tenter de passer derrière le démon et ainsi lui infliger des dégâts au dos. À ce moment Arkos se tourna en criant : << ATTENTION! >>. Dak se retourna et pu voir, à temps, le mâne qui allait l’égorger. Le cambion profita de ce moment d’inattention de la part d’Arkos pour lui trancher sa tête chauve. Dak empala le mini-démon en hurlant de rage. Puis, avec l’aide de Kleck, il combattit bestialement. Les deux thaumaturges les aidèrent en leur jetant des sorts qui augmentaient leurs capacités aux combats. Finalement, les quatre purent venir à bout du démon.
Après cet épisode fort éprouvant, les quatre personnes s’assoyèrent à une table appartenant au sorcier et celui-ci dit :

- C’est bien gentil de votre part d’être venu me sauver, mais j’aurais pu le faire tout seul.
- Le but principal de notre visite n’était pas de vous sauver, mais de vous demander s’il était possible de sauver une de nos amies, déclara Javinel’Tlal à la place de Dak qui était trop triste pour parler.
- Désolé, mais je ne pourrai faire cela aujourd’hui, déclara subitement le vieux fou.
- Mais... elle ne survivra pas, bafouilla Kleck. Elle est empoisonnée.
- Pas mon problème, dit le vieil homme en se levant pour aller fouiller dans ses armoires. Par contre, dans mon extrême bonté, je vous donne ce sac qui est venu de je-ne-sais-où et un antidote puissant.
- Au nom de toute notre équipe et de la jeune personne que vous avez sauvée : Merci! proclama l’elfe. Venez, nous devons nous dépêcher pour sauver Taliane.
- Je reste ici, déclara Dak, avec Arkos!
- Il est mort, nous viendrons chercher son corps plus tard, dit Kleck. Il vaut mieux essayer de sauver ceux qui sont encore en vie que de rester auprès des morts.
- D’accord, mais vous ne faites pas d’expérimentations sur lui, avisa le voleur. Sinon, vous aurez affaire à moi!
- Bien, bien. Maintenant quittez ma propriété.

C’est ce qu’ils firent.

  Chapitre 5

Quand le vieil homme fut seul, il se pencha sur le corps d’Arkos et se mit à faire des incantations sinistres. Quand il eut fini, la tête et le corps du semi-géant étaient de nouveau attachés ensemble. Il resta debout, fixant de ses yeux sans vie un point imaginaire, à attendre. Le vieux nécromancien dit :

- J’ai besoin de toi. Tu vas aller me tuer trois êtres que tu connais bien : un humain voleur, un elfe sorcier et un nain guerrier. Ne les laisse pas s’échapper, car ils ne doivent pas raconter tout ce qui se passe dans ma tanière. Je n’ai pas envie que les autorités me trouvent à nouveau. Selon eux, la nécromancie et la démonologie sont des sciences passibles de mort. Ce ne sont que des ignares. Ha oui, j’oubliais! Ils ont un sac rempli de substances, tu me le rapporteras. Ils devraient être chez un homme nommé Danic. Va!

Le demi-géant, qui n’était maintenant qu’un vulgaire pantin, s’élança à l’extérieur de la cachette. Dans le cimetière, il passa à proximité des gardes qui cherchaient le jeune garçon d’écurie, car les clients de l’auberge s’étaient plaints qu’on volait leurs biens sur leurs chevaux. Les vigiles remarquèrent que l’entrée du passage menant aux catacombes n’était plus scellée. L’un d’eux partit chercher du renfort, pendant que les trois autres pénétraient à leur tour dans les passages lugubres.
Arkos, quant à lui, continuait sa course effrénée.

***
Les trois personnes traversaient les rues d’Irmal le plus rapidement possible, car ils espéraient arriver à temps ou que le vendeur était déjà là et qu’il avait sauvé la pauvre Taliane. Quand ils furent devant la maison de Danic, ils entendirent : << Je vais vous tuer! >>. Dak reconnaissant la voix de son ami tourna sur lui-même et ouvrit ses bras, mais il se ramassa un coup de poing qui le fit virevolter. Dans les airs, il échappa la fameuse fiole, contenant la potion salvatrice, qui alla se rompre sur le sol. Arkos sortit son épée gigantesque et vint pour achever le voleur qui cria : << Ne fais pas cela! C’est moi, Dak! >>. Au moment où celui-ci allait le transpercer, il reçut une flèche à la tête qui le fit s’effondrer au sol et le tua instantanément. Kleck s’écria :

- Une flèche sacrée de Vixine?!
- Oui, répondit celle-ci, sa voix venant d’une fenêtre de la maison de l’apothicaire.
- C’était moins une, déclara le propriétaire des lieux. Nous avions entendu du bruit, alors nous vous avons vus.
- Comment avez-vous su, Mademoiselle de Ladiniss? demanda Dak.
- Regardez ses yeux, ce sont ceux des morts-vivants.
- Avez-vous les herbes ou une potion, demanda Danic, car notre malade est sur le point de nous quitter.
- La fiole qui est en miette était notre dernier espoir, affirma le nain.
- Entrez quand même, dit Maître Crevalts.

***

Pendant ce temps, les gardes avaient investi la cachette du sorcier et fouillaient de fond en comble sans trouver celui-ci. Au moment où Arkos se fit retuer, ils entendirent un cri de souffrance effroyable qui leur indiqua la cachette du sorcier. Ils le trouvèrent tapi entre deux murs et l’exhortèrent à sortir car il était encerclé. Têtu qu’il était, il décida de ne pas se rendre et leur balança toutes les magies qui lui restaient, mais ce ne fut pas assez pour les repousser. Il fut submergé par le nombre et, ainsi, fut traîné jusqu’en prison.
Quand on approcha de la prison, il tenta de s’échapper à l’aide d’un artefact qu’il avait gardé sur lui. Les gardes, se rendant compte qu’il était dangereux, le rasèrent et ne lui laissèrent qu’un pagne. Puis, ils vidèrent un étage de la geôle. Ceux dont les crimes n’étaient pas si graves furent relâchés. C’est ainsi que le vendeur de produits put retourner à l’auberge.
Là, il trouva son cheval, mais son sac de composantes avait disparu. Comme il n’avait rien de mieux à faire, il décida d’aller revoir son acheteur principal et grand ami : Danic.

  Chapitre 6

Les trois survivants racontèrent leur histoire à Vixine et Danic. Puis, Dak alla au chevet de Taliane. Il put discuter un peu avec elle, mais cela ne fut pas nécessaire car juste le fait de se voir leur permit d’en dire plus que s’ils n’étaient qu’en train de parler. Ils restèrent un à côté de l’autres pendant un long instant. À un moment précis, Danic annonça qu’il était l’heure du souper. Dak refusa d’aller manger, car il préférait rester au chevet de sa sœur.
Le repas, bien qu’il fut délicieux, fut morne car aucun d’eux n’osait dire un mot sur les récents événements et sur la mort plus que probable de Taliane. C’est à ce moment que quelqu’un cogna à la porte. Danic se leva pour aller ouvrir et s’écria de joie :

- Mon vieux, te voilà enfin! Vite donne-moi les composantes pour faire un antidote puissant.
- C’est si important? demanda le vendeur.
- Ho que oui! J’ai une mourante, souligna-t-il au moment où les commensaux se levèrent pour voir ce qui se passait.
- Vite! Nous vous paierons, assura Javinel’Tlal.
- Seulement, on m’a tout volé, dévoila le commerçant. Je suis désolé.

Il baissa la tête en signe d’excuse. Le silence s’installa, mais fut vite chassé par un petit sanglot qui venait de la pièce où était installée la mourante. Vixine leur intima le silence et tous se dirigèrent vers le lieu-dit. Ils trouvèrent Dak, la tête couchée sur Taliane, qui larmoyait. Vixine s’approcha de Dak :

- Dak, tu sais que je suis là. Simtania a rappelé sa fidèle, car, bien qu’elle fut déclarée comme étant mon esclave, jamais elle ne sera une esclave dans le monde de la grande déesse. Je peux te réconforter en te laissant entrer dans le culte de Simtania. Là, tu pourrais reprendre goût à la vie.
- C’est bien gentil, mais je n’aime que Volteck, dieu des voleurs et de la chance, et je crois qu’il m’a laissé tombé, baragouina le voleur désemparé.
- Dans ce cas, tu pourrais nous accompagner jusqu’à Rauthos, puis tu reviendrais avec nous au Chesson. Taliane fut une bonne guide, mais il nous faudrait quelqu’un d’autre à présent.
- Peut-être, mais je ne sais pas si... mourut la voix de Dak
- Alors, je te le demande, coupa la prêtresse, persuasive. Dak Doigts-agiles, acceptes-tu de devenir le guide personnel et officiel des représentants du Chesson : Soit Vixine de Ladinisse, prêtresse de Simtania, Javinel’Tlal Cornotusil, sorcier du conseil royal et Kleck Double-Hache fils de Darock Barbe-Sans-Fin, mercenaire et commerçant?
- Laissez-moi le temps d’y réfléchir, car... commença-t-il.
- C’est mon sac?! s’écria le fournisseur en pointant du doigt le sac que Dak avait près de lui. Que fait-il ici?

Le temps se figea, l’espace d’un instant. Tous voulurent être loin du voleur, pour éviter de voir sa réaction. Le principal intéressé hurla et reprit ses sanglots où il les avait laissés. Il se mit à pester contre le destin qui lui jouait des mauvais tours et qui lui enlevait tous les êtres qui lui étaient chers. Le commerçant voulut parler, mais Kleck et Javinel’Tlal le tirèrent à l’extérieur de la pièce. Danic et Vixine, après lui avoir posé la main sur les épaules en signe de compassion, partirent à leur tour.

***

La nuit fut une de ces nuits que l’on passe à réfléchir et à tourner le couteau de la plaie inutilement, pour tous. Le lendemain matin, tous les occupants étaient à table, seul Dak ne répondait pas à l’appel. Malgré leurs inquiétudes, ils crurent qu’il avait enfin réussi à s’endormir, car on ne l’entendait plus gémir.
Comme l’heure du dîner approchait, Javinel’Tlal, sentant quelque chose de mauvais et d’étrange, décida d’aller voir dans la pièce où gisait encore le corps de Taliane. Il s’écria :

- Venez, vite!
- Qu’y a-t-il? demanda Danic Crevalts à partir de la cuisine.
- Il s’est donné la mort.

Tous accoururent. Ils virent qu’il s’était inséré sa dague empoisonnée dans le cœur.

- Pauvre lui, il devait être désespéré, commenta inutilement Guildo Cristea. On dirait qu’il y a une lettre dans sa main.
- Il est écrit : << Voilà, ainsi je ne porterai plus la mort et la malchance aux personnes qui m’entourent. Dak. >>, lut l’elfe.
- Mais, ce n’était pas de sa faute, pardonna le nain. Seulement les dieux ont voulu le punir pour une raison quelconque.
- Tu te trompes, l’ami nain. Je ne crois pas qu’il y ait une entité divine qui soit en cause, ce n’est pas leur genre. Mais cela serait de sa faute, seulement, de façon indirecte, conclut Vixine.

 

¤ Fin ¤

Récit écrit par Dark Rose.