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Captifs
du Destin
Chapitre 1
Il était assis seul dans sa noble boutique. Il se tourmentait depuis de longues
heures, revivant mentalement encore et encore la nuit infernale qui l’avait
marqué à jamais. Cette nuit tragique où il perdit à la fois son mentor et père
adoptif et sa meilleure amie... sa quasi-sœur... sa Taliane. Pourquoi
avaient-ils fait cela? Pourquoi avoir tenté un gros coup, alors qu’un vol
facile leur aurait rapporté moins et ne les aurait jamais séparés? Il ouvrit
la bouche et gémit :
- Maxiol, mon père. Taliane... Taliane...
Une ombre entra dans la pièce et s’approcha tranquillement du pauvre être
qui se lamentait. Il se pencha et lui souffla :
- Dak, arrête. Tu souffres inutilement. Arrête de te torturer.
- Arkos, mon meilleur ami, tu sais que tu es ma lumière dans le monde des
ombres où je vis, répondit-il avec un léger sourire. Heureusement pour moi
que tu étais là ce soir maudit, car sinon j’aurais été perdu.
- N’y pense plus, dit l’être qui semblait s’appeler Arkos et qui était
plutôt grand pour un être humain. Nous devons nous dépêcher, il commence à
se faire tard.
- Tu as raison mon grand. Ce soir nous irons à l’Auberge de l’Hobereau
Apathique pour collecter nos informations, exprima-t-il en enfilant ses vêtements
noirs et sa dague porte-bonheur tandis que l’autre ceignit son énorme épée
dans son dos recouvert de peaux d’animaux.
Ils se levèrent puis se dirigèrent vers la porte, le géant dût se pencher
pour éviter de se fracasser la tête sur le haut du cadre. Quand ils sortirent,
le soleil se couchait tranquillement au loin et les rues de la ville d’Irmal
se vidèrent tranquillement des gentilles gens pour faire la place à la
racaille.
***
Pour se rendre du lieu de résidence de Dak et Arkos qui était situé dans le
quartier des marchands jusqu’à ladite auberge, il fallait prendre plusieurs détours
pour éviter les parties dangereuses de la ville qui étaient emplies de
brigands, mendiants, prostituées, assassins, coupe-jarrets et autres. Tout cet
amas de vermine polluait les ruelles de la noble ville qu’est Irmal et rendait
l’endroit dangereux pour la population, malgré le fait que la ville était
dirigée par un despote. Celui-ci n’avait de l’influence que sur les commerçants
et les campagnards qui cherchaient la protection à Irmal, car cette ville était
entourée de champs qui se remplissaient de créatures étranges toutes les
nuits.
En passant dans les rues de cette ville, nos compagnons durent, à quelques
reprises, montrer leurs lames pour éviter d’être agressés par les bandits
qui pillaient les malheureux sans défense qui osaient se déplacer seuls la
nuit. S’ils voulaient se rendre à l’endroit convenu, il leur fallait passer
devant une des portes de la ville où des gardes un peu saouls s’amusaient à
maltraiter les passants. Quand ils passèrent devant ces agents de l’ordre peu
zélés, l’un d’eux décida d’arrêter les deux Irmaliens et il éleva la
voix :
- Hep! Vous deux, venez ici qu’on vérifie si vous êtes en règle!
- Calme-toi, dit Dak tout bas à Arkos qui était sur le point de sortir son épée.
N’oublie pas que c’est un garde et qu’on ne veut pas de problèmes avec
eux.
- Que faites-vous? Vous refusez d’obéir à la loi?
- Mais non, valeureux garde, répondit Dak avec une voix mielleuse. Seulement,
je disais à mon compagnon qu’il vous serait plus prudent de surveiller et de
fouiller tous ceux qui veulent entrer dans la ville.
- Ha! Vous croyez pouvoir me donner des ordres! Vous entendez ce petit
impertinent? cria-t-il aux gardes qui l’entouraient en sortant son épée.
Vous savez que je suis un capitaine et que je peux faire exécuter ceux qui se
moquent de moi et ce, sans procès?
- Oui, mais savez-vous que mon compagnon pourrait facilement tous vous
massacrer, répondit-il en pointant son compagnon qui prit un air sauvage en
laissant couler de la salive.
Arkos se mit à rugir. Le capitaine sursauta et se mit à reculer en le
reconnaissant :
- C’est... C’est... le semi-géant qui est le champion invaincu aux combats
de gladiateurs!
- C’est bien lui, mais ce n’est pas un semi-géant, simplement un quart-géant,
si je peux m’exprimer ainsi, expliqua Dak en prenant son air le plus candide
possible. Voyez-vous, sa mère était une humaine et son père un semi-géant.
- Oui, oui, monsieur. Je vois, je vois. Avez-vous besoin de quelque chose
monsieur?
- Oui, que vous fassiez correctement votre travail en harcelant les gens qui
veulent entrer et non les gens qui sont déjà à l’intérieur de notre Irmal
chérie. Et ainsi que vous arrêtiez de talonner les honnêtes voleurs comme
moi, ajouta-t-il pour lui-même.
- Bien en accord avec vous monsieur.
- Capitaine! Un homme à cheval désire entrer dans la ville, cria un garde du
haut du rempart.
- Dites-lui qu’il peut entrer, mais nous lui ferons une fouille complète, répondit-il
en gardant un œil sur l’épée gigantesque du géant chauve.
Les deux compères partirent ensemble au moment où le voyageur qui voulait
entrer se fit sauter dessus par 3 gardes armés jusqu’aux dents. Celui-ci s’écria
:
- Que me voulez-vous? Vous m’avez laissé entrer!
- Inspection, répondit simplement le capitaine. Il va falloir vous fouiller et
vous questionner.
- Mais pourquoi? Vous voyez bien que je ne suis pas armé, implora-t-il.
- Vous êtes arrivé après la fermeture des portes de la ville, c’est le règlement.
- Mais je viens ici tous les mois et c’est la première fois que…
- Silence! Vous ne parlerez que lorsque je vous l’ordonnerai, coupa le
capitaine. Emmenez-le et questionnez-le, c’est peut-être un monstre qui tente
de se jouer de nous. Vous avez carte blanche, ajouta-t-il à l’intention des
gardes.
- Mais je n’ai rien fait, je suis un honnête vendeur de produits servant à
faire des potions et des onguents, bredouilla-t-il.
- Ce ne sont pas nos problèmes, dit un des gardes qui l’emmenaient dans un
petit bâtiment à proximité de la porte.
Chapitre
2
Dak et Arkos arrivèrent enfin à l’Auberge de l’Hobereau Apathique.
Celle-ci contenait une clientèle assez diversifiée, car les chambres et la
nourriture étaient acceptables, ce qui était rare durant ces sombres années,
d’autant plus que le tout était à un prix relativement peu élevé. Malgré
le fait que quelques nobles côtoyaient les paysans ayant peu d’écus à dépenser,
chacun restait avec des gens de sa caste, ce qui, d’une certaine façon, évitait
les possibles conflits qui auraient pu survenir. Donc, dans cette auberge, il y
avait quelques groupes éparpillés dans la salle dont les membres restaient
ensemble en surveillant les autres groupes avec des regards suspicieux.
Juste avant d’entrer dans ce lieu, Dak donna quelques pièces à son copain
pour qu’il se nourrisse pendant que lui surveillerait les gens pour savoir
lesquels seraient de bonnes victimes. En d’autres termes, voler un maximum
tout en ayant un minimum de problèmes. L’un entra quelques minutes après
l’autre, pour qu’on ne se doute pas qu’ils étaient complices. Le voleur
alla s’asseoir seul à une table vide dans un coin pour avoir une vue
d’ensemble de la grande pièce, tandis que le guerrier alla à la rencontre
d’un groupe d’aventuriers aux sens légèrement affaiblis par l’alcool. La
serveuse s’approcha de Dak et celui-ci commanda un simple repas du jour avec
un verre de vin.
Tandis qu’il mangeait tranquillement son repas, il observait tous les
visiteurs. Il fut un peu déçu de constater qu’il n’y avait pas grand chose
d’intéressant. La meilleure prise de la soirée étant un marchand bedonnant
qui était en train de tout perdre son avoir en jouant aux cartes avec
quelqu’un. Dak allait se lever pour partir, se disant qu’il ne faisait que
perdre son temps, quand un groupe aux allures pittoresques entra. Il les observa
et constata qu’ils étaient seulement trois : un elfe, un nain et une
semi-elfe. Le plus petit des trois prit la parole :
- Je crois bien que c’est l’endroit indiqué par la petite.
- C’est un des pires lieux que j’ai visité, la fumée nous empêche de voir
correctement et, en plus, cet emplacement empeste, constata l’elfe avec dégoût.
Vous êtes certaine que c’est le bon endroit, grande prêtresse, demanda-t-il
en se tournant vers la femme vêtue d’une grande robe noire marquée d’une
lune et d’un foulard cachant la moitié inférieure de son visage.
Dak sursauta en entendant cela. Il la reconnut comme étant une prêtresse de
Simtania. Cela lui rappela le vol manqué qui avait coûté la vie des deux êtres
qui lui étaient les plus chers : le tout s’étant passé dans un temple de la
déesse en question. Il fit un sourire malveillant et se rapprocha subtilement
du groupe en question pour espionner leur conversation. Heureusement pour lui,
le nain parlait fort et en disait un peu trop :
- Alors, vous êtes sûre de vouloir rester ici grande prêtresse, je suis
certain qu’il y a dans cette ville une auberge de meilleure qualité.
- Il a raison, reprit l’elfe. Cet endroit peut être dangereux.
La prêtresse hocha de la tête en signe de non. L’elfe qui portait une toge
noire et rouge sur laquelle était attachée une incroyable quantité de bourses
reprit la parole :
- Comme vous vous voudrez, c’est vous qui dirigez notre expédition.
Cependant, cet endroit ne m’inspire guère confiance, je sens quelque chose de
mauvais.
- Que veux-tu Jav? Elle a décidé de rester ici, trancha le nain en lissant sa
longue barbe rousse. La petite nous a conseillés de nous sustenter ici avant
d’aller la rejoindre. Si elle est allée voir une ancienne connaissance, cela
peut être long, nous ferions mieux de manger avant de la retrouver au cimetière.
- C’est d’accord, Kleck, mais s’il nous arrive malheur... souffla le
<< Jav >> qui devait être un sorcier, selon les déductions de
notre voleur.
- Bon! Maintenant, mangeons! Il nous faudra beaucoup de force pour ramener
l’artefact et le traité de paix, dit Kleck sans prendre conscience de ses
paroles.
- Silence, idiot! s’écria le sorcier en regardant autour de lui et constatant
que tout le monde les observait. Nous ferions mieux de partir.
La prêtresse, sans dire un mot, se leva et sortit, suivie de ses compagnons.
Dak se caressa les mains en signe de satisfaction. Il fit le point dans sa tête
: << Si je mets tout cela ensemble, nous avons une vengeance sur ce culte
qui vénère la lune, le gain d’un artefact et d’un traité quelconque, une
possibilité d’empocher quelques pièces d’or et, naturellement, des équipements.
Pour ce faire, je dois les coincer au cimetière et les forcer à me donner le
tout. On les élimine et on part avec le magot. Je n’ai qu’à faire signe à
Arkos de sortir. Arkos, c’est vrai! Qu’est-il devenu? >>.
Quand il revint à la réalité, il vit son compagnon crier des insultes à un
des aventuriers avec qui il partageait une bière quelques secondes plus tôt.
L’autre lui fit un quolibet et se ramassa un énorme coup de poing au ventre
venant du semi-géant. Il se mit à crier et tous les gens, voyant qu’une
bagarre était déclarée, commencèrent à se cogner à qui mieux mieux. Dak
constata que s’ils restaient, ils auraient des problèmes avec la garde. Il se
rapprocha de son compagnon, frappant de sa dague pour se frayer un chemin parmi
la foule qui était devenue enragée. Quand il arriva à proximité de son
compagnon, il lui fit signe et ils sortirent ensemble par la porte de derrière.
Rendu à l’extérieur, Dak prit la parole :
- Qu’est-ce qui t’a pris?
- Il s’est mis à se moquer de moi quand il a vu ma flétrissure en forme de
menottes. Il m’a traité de sale esclave et m’a dit que la seule chose que
je méritais était de me faire fouetter dans une galère à longueur de journée.
Je me suis fâché et je l’ai frappé, dit-il le plus naïvement du monde.
C’est lui qui a commencé.
- C’est bien… c’est bien… Maintenant, tu vas me suivre. J’ai trouvé
de bons clients, dit-il avec un sourire narquois. C’est au cimetière cette
fois-ci.
Les deux s’en allèrent en courant dans des ruelles qui se voulaient être des
raccourcis.
***
Pendant ces événements, le pauvre vendeur de produit reçut une salve de
gifles violentes par le capitaine de la garde qui ne faisait que se défouler
sur le pauvre homme. Quand le tortionnaire se sentit fatigué, on le relâcha.
Le torturé se dirigea à l’auberge où il se reposait habituellement
lorsqu’il venait porter ses produits en ville.
Après quelques détours dans les rues les plus sûres, il arriva à
l’auberge. Il alla reconduire son cheval dans la petite écurie qui était
annexée à la taverne en question. Au moment où il allait entrer, une
semi-elfe suivie d’un elfe et d’un nain sortirent. Il les laissa passer,
puis pénétra. Il alla s’asseoir à une table en attendant d’être servi.
Tout était normal, quand, tout à coup, il vit un être gigantesque qui frappa
un jeune homme dans le ventre ce qui démarra une bagarre générale. Ne voulant
pas avoir de problèmes, il tenta de sortir, mais ce fut en vain, car
lorsqu’il arriva enfin au portique, il fut intercepté par des gardes qui entrèrent
en force dans le bâtiment.
Il fut arrêté, comme tous les autres, et emmené dans la prison de la ville.
Malgré ses protestations, on le jeta dans un cachot exigu avec tous les autres
saoulons. Il tenta de supplier les gardes, mais ses lamentations se répercutèrent
sur les murs ternes de la prison sans qu’on y porta attention.
Chapitre
3
Les deux ombres arrivèrent en premier au cimetière et elles purent disposer du
temps nécessaire pour se positionner de façon stratégique afin de coincer
leurs cibles facilement. Arkos se cacha derrière une statue érigée en
l’honneur d’un illustre inconnu, tandis que Dak resta en plein milieu du
petit passage qui zigzaguait entre les tombes et qui se rendait au plus profond
des catacombes de la ville où même les gens les plus courageux évitaient
d’aller. Dak regarda en direction de cet endroit et un frisson parcourut tous
les moindres points de son corps pour le foudroyer. Il tourna la tête et tenta
de se concentrer sur la situation qui arriverait bientôt pour faire abstraction
de ce lieu maudit.
Une bonne dizaine de minutes passa avant qu’il ne vit le groupe arriver. Il se
caressa les jointures, puis tenta de se redresser pour paraître plus imposant.
Quand les trois compagnons arrivèrent à l’endroit où se tenait Dak, ils
s’arrêtèrent en voyant la masse noire qu’il formait. L’elfe prit la
parole :
- Est-ce toi?
- Oui, c’est moi, répondit Dak. L’ange du mal qui vient chercher vengeance.
- Qui êtes-vous? s’écria le nain.
- Un simple être qui demande réparation.
- Et pouvons-nous faire pour vous aider? demanda Jav en préparant le début de
l'incantation d'un sort paralysant.
- Simplement me donner votre artefact, votre traité, votre or, vos équipements
et la prêtresse, répondit l’homme en noir.
- Jamais sans nous avoir tués! s’écria le nain en sortant une de ses haches.
- C’est votre choix, répondit-il mystérieusement en claquant des doigts.
À ce moment précis, Arkos sauta sur le nain en hurlant. Kleck fit volte-face
et para l’attaque. Le sorcier se plaça entre la semi-elfe et le malfaiteur et
fit de grands gestes avec ses mains tout en prononçant des paroles
cabalistiques. Il suspendit son mouvement et se mit à parler normalement :
- Que se passe-t-il? Mes pouvoirs sont inefficaces!
- Normal, car vous vous trouvez présentement dans une zone de magie morte.
Maintenant donnez-moi ce que je demande.
- Vous êtes immonde, répondit l’elfe avec un léger sourire.
Ce visage parut étrange à Dak. Il suivit le regard de l’elfe et remarqua
qu’on allait le frapper dans le dos. Il sortit sa dague et plongea sur sa
victime qui en tomba. Tous deux roulèrent par terre, dans la poussière.
L’agresseur de Dak s’arrêta subitement, ce qui lui permit de plonger et
d’enfoncer sa dague porte-bonheur dans le bras de l’ennemi. Il se releva,
s’épousseta et remarqua que le combat entre son copain et le nain avait
redoublé d’ardeur et qu’aucun des deux ne semblait avoir pris le dessus. Il
constata aussi que le sorcier s’était placé devant la prêtresse de façon
à former un mur avec son corps. Une petite voix gémissante se fit entendre :
- Aidez-moi! Je sens mes forces me quitter.
- Bien sûr que je vais t’aider, répondit Dak en se penchant pour lui découvrir
le visage et l’achever par la suite.
Il s’arrêta dans son mouvement et sursauta :
- Taliane?! Est-ce bien toi?
- Dak, mon petit Dak, couina-t-elle. Que m’as-tu fait?
- Je ne savais pas que c’était toi. Comment est-ce... Pourquoi... Je n’y
comprends rien, bégaya-t-il.
- Je me meurs, toussota-t-elle.
- Non! Je ne te perdrai pas à nouveau, rugit-il. Arkos! Arrête ton combat et
viens m’aider!
Tout le monde s’était arrêté pour regarder la scène avec la plus grande
incompréhension. Le sorcier brisa le silence :
- Vous vous connaissez?
- Oui... C’est ma sœur, révéla le voleur. Il faut m’aider, j’ai peur
que ma dague empoisonnée ne la tue.
- Que peut-on faire? demanda Kleck.
- M’écouter sans faire de problèmes, répondit celui-ci. Arkos, prends-la
dans tes bras, nous allons chez l’apothicaire Danic Crevalts immédiatement.
Le semi-géant rangea son épée et la souleva dans ses bras. Le nain se pencha
vers ses compagnons :
- Peut-on lui faire confiance?
- Nous n’avons pas le choix, répondit Jav. D’autant plus que Taliane
semblait les connaître.
La fille de Simtania acquiesça de la tête et toute la troupe s’en fut dans
les sombres rues d’Irmal.
***
Peu de temps après, ils s’arrêtèrent devant une jolie petite boutique. Dak
frappa jusqu’à ce que la porte s’ouvre et que la petite tête d’un vieil
homme barbu se fasse voir :
- Que voulez-vous? La boutique est fermée!
- Danic! Mets tes lunettes! C’est moi, Dak Doigts-agiles, et c’est un cas
urgent.
- Ho! Monsieur Doigts-agiles! Que puis-je pour vous? s’enquit-il avec une voix
qui se voulait gentille mais qui restait fatiguée.
- Laisse-nous entrer, dit-il alors qu’il était déjà à l’intérieur.
J’ai ici une blessée qui est empoisonnée. Peux-tu t’en occuper?
- Naturellement Monsieur, je ne suis pas apothicaire pour rien.
- Tu nous offres le gîte pour la nuit, tu la sauves et j’annule ta dette,
marchanda Doigts-agiles.
- Je crois que je ne vais pas refuser. Seulement, pouvez-vous m’expliquer ce
qui s’est passé? demanda-t-il en plaçant un linge mouillé sur le front de
la malade couchée sur un lit.
Dak lui raconta rapidement l’histoire en omettant certains bouts. Puis, Danic
reprend la parole :
- Avez-vous toujours la dague pour que je puisse savoir de quel poison il est
enduit?
Le voleur la lui tendit. Il la prit et alla dans son arrière-boutique. Après
un interminable vingt minutes, il revint et annonça :
- Je sais ce que c’est. Un poison classique, mais dont l’antidote est très
spécifique. Malheureusement, il me manque la composante essentielle. Mais vous
êtes chanceux, car mon fournisseur devrait m’en apporter demain à l’aube.
Avec mes bons soins, la jeune demoiselle devrait passer la nuit. Allez vous
coucher, je m’occupe de tout.
Bien que tout le monde fut fatigué, personne n’alla se coucher. Ils restèrent
tous silencieux et ils fixèrent la porte de la chambre de la malade.
***
Pendant ces événements, à l’auberge, un jeune garçon d’écurie
d’environ 15 ans était en train de s’occuper des chevaux, comme à son
habitude. Il arriva au dernier cheval et remarqua qu’il n’avait pas été
enregistré. Il constata que le possesseur de l’animal avait omis d’enlever
ses sacs qui étaient restés attachés à la selle. Il se dit que la personne
avait dû être empêchée de l’enregistrer à cause de la bagarre et qu’il
pourrait subtiliser les sacoches. Il se mit à fouiller à l’intérieur de
ceux-ci et trouva des fioles multicolores, des plantes étranges, des insectes
morts et toutes sortes de substances étranges. Il se dit que cela pourrait intéresser
le vieux fou caché dans les catacombes de la ville. De toute façon, le
lendemain, il était supposé aller le voir pour lui vendre des informations
concernant les activités dans la ville durant les dernières semaines.
Satisfait, il alla se coucher dans le foin en imaginant les récompenses qu’il
pourrait en retirer.
Chapitre
4
La nuit fût longue pour tous et certains croulèrent sous la fatigue. C’est
ainsi qu’ils se relayèrent à environ toutes les heures pour veiller au
chevet de la jeune femme. Kleck et Arkos semblaient devenir amicaux l’un
envers l’autre, car ils échangèrent quelques parole pour se féliciter de
leur duel. Le lendemain matin, alors qu’ils étaient tous attablés, l’elfe
prit la parole et dit :
- Donc, vous seriez ce fameux Dak Doigts-agiles que Taliane voulait revoir et
ce, avec impatience.
- Effectivement, mais puis-je savoir qui sont les compagnons de ma Taliane?
- Kleck Double-Hache fils de Darock Barbe-Sans-Fin, répondit le nain. Commerçant
et garde du corps dans mes temps libres.
- Javinel’Tlal Cornotusil, pour vous servir, se présenta l’elfe. Un
puissant sorcier et membre du conseil royal du Chesson. Mais ne dites rien là-dessus.
- Vixine de Ladiniss, prêtresse de la Grande Simtania, déesse de la Lune et de
la nuit, ajouta une petite voix calme.
- Enchanté! Je suis bien Dak Doigt-agiles, un simple voleur et revendeur de
produits volés, admit celui-ci, car il sentit qu’il pouvait leur faire
confiance et que d’une certaine façon, il n’avait pas le choix.
- Moi, c’est Arkos Écrase-Crâne, meilleur ami de Dak, déclara le semi-géant.
- Danic Crevalts...
Il commença sa phrase, mais fut coupé par Dak :
- Vous êtes ici avec un traité, donc vous n’êtes pas venu seulement pour me
ramener ma Taliane chérie.
- Tu as raison, assura Javinel. Je vais te confier ce que nous faisons ici, mais
en échange, tu nous promets que tu ne tenteras rien contre nous.
- Promis! Si je ne tiens pas ce vœu, que Volteck, le dieu de la chance et des
voleurs me jette un mauvais sort, affirma-t-il en plaçant ses bras en croix
devant lui.
- Parfait, maintenant, écoute-moi bien, car je ne le répéterai pas.
- Naturellement, glissa le voleur.
- Depuis des années l’Itylich, votre pays, est resté neutre avec le Chesson,
le nôtre. Alors, à Farc, capitale du Chesson, nous avons décidé qu’il était
temps que nos deux pays s’unissent. Pour ce faire, nous avons décidé
d’envoyer une petite troupe, ça c’est nous, pour représenter notre peuple.
Soit Mademoiselle de Ladiniss pour représenter les semi-elfes, moi pour figurer
comme un être du conseil et ainsi de suite. Nous avons pour mission de
transporter le traité et un artefact de grande valeur à votre capitale,
Rauthos, expliqua l’elfe. Quand Taliane a su que nous passerions par Irmal,
elle nous a demandé si elle pouvait se libérer pour aller rencontrer un ancien
compagnon qui est nul autre que toi.
- Il y a quelque chose que je ne comprends pas : Pourquoi tentez-vous de passer
incognito sur nos terres? demanda-t-il.
- C’est simple. Au départ, nous étions avec une poignée de gardes
valeureux. Seulement, notre voyage en mer ne fut pas de tout repos et nous fûmes
coincés dans une tempête gigantesque. Le bateau se rompit et les fidèles
matelots, ne voulant nous voir mourir, nous laissèrent entrer les premiers dans
un canot. Je ne sais ce qui est arrivé aux autres, mais j’ai des doutes.
Vixine fit un signe religieux et remua légèrement les lèvres.
- Donc, notre chaloupe dériva et nous accostâmes à Javiss, une ville à
proximité, continua le sorcier. Nous avons donc cherché un carrosse ou autre
chose de ce genre pour des personnes de notre rang, mais cette ville n’en
contenait pas. On nous indiqua le chemin le plus rapide vers Rauthos et nous
voici à Irmal qui est entre les deux villes que j’ai nommées précédemment,
élucida Cornotusil.
- Je comprends tout cela, mais comment se fait-il qu’elle soit avec vous : je
la croyais morte depuis dix ans.
- Je peux répondre à ceci, s’exprima la voix paisible et douce de Vixine qui
invitait à rejoindre le monde onirique tout doucement et calmement. Un jour,
alors que je vivais une journée simple dans le temple de la Grande Déesse, on
vint me voir. On m’expliqua que je venais de passer un stade crucial dans l’évolution
au sein du temple et on m’offrit ma première esclave : c’était Taliane Noc.
Elle devint ma meilleure amie. Elle me confia toute sa vie et j’en fis de même.
J’appris que le jour où elle tenta le vol dans le temple de cette ville avec
vous, elle ne put se sauver et on l’endormit magiquement pour me la donner.
- Je comprends tout maintenant, s’écria le filou.
- Maintenant, à vous de nous expliquer votre lien de parenté avec la petite,
dit le nain en arrêtant sa discussion avec Arkos sur leurs plus grands exploits
martiaux.
- Je suis un orphelin, mais je fus recueilli par un homme dénommé Maxiol Noc,
clarifia-t-il. Cet homme avait une fille de deux ans à l’époque : c’était
Taliane. Il nous apprit tout de son art de voleur et de revendeur de
marchandises volées. Puis, un soir, à trois, nous tentèrent le gros coup dans
un temple de Simtania. Mais vous connaissez déjà l’histoire je crois.
Il se lissa les cheveux et en profita pour sécher la larme qui perlait de son
œil. Ils finirent leur repas et c’est à ce moment que Danic prit la parole :
- Il est très étrange que mon fournisseur ne soit pas arrivé. Généralement,
il vient déjeuner avec moi après avoir payé sa nuit à l’auberge.
- Dites-nous quelle est cette auberge et nous irons le chercher, déclara le
nain.
- Très bien, car la malade, bien qu’elle soit endormie, ne tiendra pas encore
longtemps, avertit Danic.
- D’accord, mais où est-ce et quel est son nom? demanda Dak.
- Guildo Cristea va toujours à l’Auberge de l’Hobereau Apathique.
- Heum… J’irai avec Arkos, annonça-t-il.
- Non, car nous venons avec vous, compléta Javinel’Tlal.
- Sans moi, déclara Vixine. Je resterai ici pour prier ma déesse qui, je suis
sûre, l’épargnera.
- Nous reviendrons avec les composantes nécessaires, avec ou sans ce Guildo,
assura le voleur aux yeux bleus avant de se lever.
Ainsi, les quatre mâles sortirent de la petite boutique. Ils traversèrent les
rues d’Irmal qui commençaient à s’animer : les vendeurs étalaient leurs
produits périmés, les enfants se battaient au couteau, les vieux ressemblants
à des cadavres se plaignaient, les jeunes hommes fanfaronnaient sur leur dernière
conquête, les gardes débauchés fouillaient les délicieuses jeunes
demoiselles pour vérifier si elles étaient bien en règle, etc. Bien que toute
cette agitation étonna les deux Farciens, elle fut reçue avec la plus totale
indifférence par nos deux Irmaliens.
Leur promenade fut quelque peu longue et ils arrivèrent à l’auberge vers
l’heure du dîner. Lorsqu’ils entrèrent, le propriétaire, reconnaissant
son trouble-fête, Arkos, leur dit :
- Vous ne pouvez plus entrer ici. J’ai décidé de vous bloquer l’accès. Si
vous ne m’écoutez pas j’appelle la garde. De toute façon, il ne reste plus
de table ou de chaise en bon état.
- Tu es mieux d’oublier cela, aubergiste. Sinon, mon ami, ici, peut te donner
un coup qui te rendra amnésique, affirma Dak, avec assurance.
L’aubergiste qui n’était qu’un pauvre homme qui voulait désespérément
sauver sa peau dans ce monde impitoyable se calma et dit, en allant chercher une
table et quatre chaises à l’arrière :
- Très bien. Ces messieurs désirent-ils manger ou boire quelque chose? C’est
la maison qui paye!
- C’est bien gentil de votre part, remercia le nain.
- Après nous avoir amené les plats, tu viendras t’asseoir avec nous, ordonna
gentiment, mais autoritairement Dak.
- Bien monsieur.
Ils attendirent une vingtaine de minutes et l’aubergiste revint avec de la
viande pour Dak, Arkos et Kleck et une petite salade pour Javinel’Tlal. Il
s’assit avec eux et Dak prit la parole :
- Bon, as-tu un client nommé Guildo Cristea?
- Désolé, généralement ce n’est pas moi qui m’occupe des clients. Je
suis le propriétaire de l’établissement. La plupart du temps, c’est mon
employé qui remplit la fonction d’aubergiste. Le problème, c’est qu’il a
été emmené par les gardes hier, répondit-il en faisant un œil mauvais à
Arkos.
- Dans ce cas, y aurait-il quelqu’un ici qui connaîtrait bien les clients?
demanda Javinel.
- Il y aurait mon garçon d’écurie, je vais voir s’il n’est pas encore
parti, dit-il en se levant.
- Vas-y, nous t’attendons, déclara Dak.
- Que faisons-nous si on ne le trouve pas? demanda Kleck quand l’homme fut
parti.
- Je crains qu’il aille nous falloir retourner chez Danic.
- Le voici! Il allait justement partir, déclara le propriétaire de l’auberge
en revenant. Vous êtes chanceux.
- Bonjour messieurs, déclara le jeune homme. J’espère que cela ne sera pas
trop long, il faut que j’aille voir le sorcier, pensa-t-il.
- Sais-tu pourquoi nous voulons te voir? demanda Dak.
- Non, monsieur.
- D’accord. Dans ce cas, sais-tu qu’il y a eu une bagarre dans l’auberge
hier?
- Oui et je crois que c’est à cause de monsieur, affirma-t-il en pointant
Arkos du doigt.
- Oui... Bien... Sais-tu si un homme nommé Guildo Cristea est venu hier?
- Je puis vous affirmer qu’il n’était pas sur la liste de ceux qui avaient
besoin qu’on s’occupe de leur cheval, informa-t-il. Je l’aurai peut-être
aperçu, pouvez-vous me donner sa description.
- Malheureusement, non. Mais je sais que c’est un vendeur de produits servant
à faire des composantes et qu’il venait ici pour se reposer à chaque fois
qu’il était en ville.
- Ha bon, souffla le rouquin en serrant le sac volé qu’il avait gardé avec
lui.
- Tu es sûr de ne pas le connaître?
- Attendez! Cela me revient. Non, désolé, je ne l’ai pas vu hier. Il a peut-être
été retardé.
- C’est possible.
- Est-ce tout ou vous voulez encore quelque chose? questionna-t-il en se levant
pour se diriger vers la sortie.
- Non, c’est tout. Merci de nous avoir aidés, répondit Dak en lui tendant
une pièce de cuivre alors que celui-ci était déjà sorti en courant.
- Il me semble bien pressé le jeune homme, déclara le nain.
- C’est louche, affirma l’elfe aux cheveux argentés.
- Je crois que nous n’avons plus rien à faire ici, dit Dak.
- Attendez! Je finis mon troisième bock de bière, avertit Arkos en le vidant
d’un coup.
Ils se levèrent et se dirigèrent vers la sortie.
***
<< Ces idiots m’ont fait prendre du retard! J’espère que le vieux fou
ne me punira pas >> pensait le jeune homme tandis qu’il traversait les
rues d’Irmal en courant. Quand il arriva à proximité du cimetière, il
ralentit sa course, arracha quelques fleurs du sol, prit un air triste et entra.
Il déambula, se rapprochant tranquillement de l’endroit où était situé
l’entrée des catacombes. Rendu à proximité, il jeta des regards furtifs
autour de lui et s’enfonça dans les ténèbres enveloppantes.
Après un court moment de déambulation dans les couloirs tortueux où étaient
peintes des images représentants différents événements d’un passé oublié
de tous, il arriva au bout d’un corridor qui débouchait sur une porte scellée.
Il observa un peu les fresques où on pouvait voir des êtres qui se
massacraient sous l’œil malveillant d’une divinité quelconque. Il soupira
pour se donner un peu de courage et dit : << Flem est le seul vrai dieu
>>, puis pour lui-même : << Ce dieu de la mort me glace les os
>>. Puis, tout autour de lui se mit à vibrer légèrement pour finalement
s’arrêter et la porte s’ouvrit.
Il entra et cria : << Me voici comme vous le souhaitiez grand sage!
>>. Il ne reçu aucune réponse. Il décida, donc, de faire le tour des pièces
qui se rattachaient à celle où il était.
Il ne trouva rien. Cela le contraria vraiment, alors, il ouvrit la dernière
porte d’un coup. Mal lui en prit, car l’ouverture de la porte forma un
courant d’air qui alla s’échouer sur 5 bougies qui étaient disposées
autour d’un :
- DÉMON!!!!!!!!!! hurla le jeune homme.
Le démon, ainsi libéré fit un sourire méphistophélique en imaginant toutes
les souffrances qu’il pourrait infliger au pauvre jeune homme. Pour lui c’était
une vraie jouissance pure! Il leva son katana trop affûté au-dessus de lui et
le laissa retomber à l’endroit précis où se tenait le jeune homme. Le garçon
d’écurie poussa un cri de détresse qui alla se perdre et s’emmurer dans
les mystères de ce lieu diabolique.
***
Le groupe retournait tristement à la demeure de Danic, car ils n’avaient pas
trouvé ce qu’ils cherchaient, donc ils devinaient le sort qui arriverait à
Taliane. Arkos et Kleck se racontaient des farces absurdes, Javinel’Tlal
surveillait tout ce qui se passait autour d’eux : il sentait une peur
grandissante en lui, tandis que Dak réfléchissait : << Je sais qui
pourrait nous fournir les composantes nécessaires : Le vieux fou des
catacombes. Mais il voudra quelque chose en échange. Je lui donnerai l’elfe
pour qu’il augmente ses pouvoirs magiques. Puis, je dirai à Arkos de tuer le
nain. Et je confierai le cadavre au fou. En somme, un plan exquis! >>. Il
éleva la voix :
- Messieurs, j’ai déniché un endroit où trouver ce que nous cherchons.
- Où ça? demanda Arkos.
- Suivez-moi et ne dites rien.
Ils cheminèrent donc en direction du cimetière. Javinel’Tlal éleva la voix
:
- Il est bien étrange que nous soyons en ce lieu. Auriez-vous envie de vous débarrasser
de nous?
- Je vous ai dit de me suivre sans dire un mot, rétorqua Dak.
- Cette histoire est louche, dit l’elfe aux yeux argentés en se penchant vers
Kleck.
- Il y a un proverbe nain qui exprime parfaitement notre situation : Si on ne
dit rien à un nain, ce n’est jamais pour son bien, souffla le petit être au
casque à corne.
La troupe traversa les chemins tortueux du cimetière et cela les mena devant
les mystérieuses catacombes. Dak entra et leur fit signe de le suivre. Arkos y
pénétra à son tour. Les deux autres, malgré leurs réticences, entrèrent.
Cela faisait quelque temps qu’ils se déplaçaient dans ces lieux où la lumière
du jour n’était qu’un petit point lumineux au bout du corridor derrière
eux. Heureusement pour eux, il y avait quelques torches mourantes qui leur
permettaient de voir qu’à faible distance devant eux. Dak et Arkos se déplaçaient
tranquillement comme si ce n’était qu’une simple promenade dans une clairière,
tandis que les deux Farciens restaient sur leurs gardes, prêts à tout.
Subitement, le voleur s’arrêta et regarda la troupe :
- Nous sommes arrivés à la porte. Il ne me reste plus qu’à me rappeler le
code spécial qui permet de l’ouvrir.
Il se mit à fouiller dans sa mémoire, mais fit un regard désappointé qui
voulait dire : << J’ai oublié >>. À ce moment, le sorcier
incanta :
- Savo Ir Lem Ots Ecret. La phrase clé est : Flem est le seul vrai dieu.
- Oui c’est exactement ça! s’enjoua le voleur.
- Heureusement que Vixine n’est pas là, sinon elle nous aurait fait un long
exposé sur la grandeur et la puissance de sa déesse, grommela le nain.
Puis, les murs se mirent à vibrer et la porte s’ouvrit. Ce qu’ils virent à
l’intérieur les étonna. Un monstre humanoïde entouré de 3 petites créatures
frappait sur une bulle dans laquelle était enfermé un vieil homme à la peau
parcheminée. Javinel recula et cria :
- Un cambion entouré de mânes!
- Et ça signifie? demanda Arkos.
- Les mânes ne sont que des démons mineurs, des déchets. Le seul danger est
que lors de leur mort, ils dégagent une vapeur empoisonnante. Pour parer cette
attaque du désespoir, il faut simplement éviter de respirer l’air qui s’en
dégage. Tandis que le plus grand, celui qui ressemble à un humain est
mi-humain, mi-démon. Il est le plus dangereux.
- Et le rond rouge derrière eux? questionna Arkos.
- C’est le portail qui leur permet d’entrer. Je ne peux le refermer seul, il
faut plus d’énergie magique, termina-t-il au moment où un autre mâne
entrait dans la pièce.
Tous se mirent un morceau de linge sur la bouche et le nez. Kleck regarda Arkos
et, d’un signe de tête, ils s’élancèrent tous les deux dans la mêlée.
Dak regarda l’elfe :
- Nous avons une diversion. Je vais chercher le sorcier et tu supportes les
guerriers.
- D’accord, répondit celui-ci.
Dak utilisa toutes ses qualités pour se fondre dans le décor et se rendre
jusqu’à l’endroit où était embusqué le vieux mage. Il profita d’une
trouée créée par les deux guerriers pour passer. Il dut enjamber le corps
d’un mâne agonisant. Il lui fallut quand même jouer de son épée et en éventra
un au passage qui faillit avoir le temps de le griffer à l’épaule.
Lorsqu’il fut à proximité du sorcier, celui-ci sortit de sa bulle
protectrice et se cacha derrière le voleur. Dak en profita pour évaluer la
situation : Kleck, avec ses deux haches et son armure de plates, tranchait des
membres dans l’amas de mânes qui ne cessait d’augmenter, Arkos se battait
contre le cambion et était supporté par Javinel’Tlal qui lançait des magies
peu destructives, mais qui déconcentraient le cambion. Dak se tourna vers le
vieil homme :
- Notre sorcier nous a dit qu’il lui faut plus de pouvoir pour fermer la
porte, en êtes-vous capable?
- Bien sûr, vous me prenez pour qui? répondit celui-ci en se dirigeant vers le
portail.
Javinel comprit tout de suite et alla au côté du vieil homme. Tous les deux se
regardèrent un instant, puis se mirent à incanter. Pendant ce temps, Dak alla
rejoindre Kleck pour achever le travail. Le nain devait être à la cinquième
créature qu’il raccourcissait. Le démon semblait supérieur à Arkos, mais
celui-ci réussissait à se défendre assez bien.
Après dix minutes qui parurent très longues, le portail se referma. Kleck et
Dak avaient éliminé tous les mânes. Le nain alla, donc, porter secours à
Arkos. Tous les trois ferraillaient férocement, mais le cambion tint bon. Dak,
en profita pour tenter de passer derrière le démon et ainsi lui infliger des dégâts
au dos. À ce moment Arkos se tourna en criant : << ATTENTION! >>.
Dak se retourna et pu voir, à temps, le mâne qui allait l’égorger. Le
cambion profita de ce moment d’inattention de la part d’Arkos pour lui
trancher sa tête chauve. Dak empala le mini-démon en hurlant de rage. Puis,
avec l’aide de Kleck, il combattit bestialement. Les deux thaumaturges les aidèrent
en leur jetant des sorts qui augmentaient leurs capacités aux combats.
Finalement, les quatre purent venir à bout du démon.
Après cet épisode fort éprouvant, les quatre personnes s’assoyèrent à une
table appartenant au sorcier et celui-ci dit :
- C’est bien gentil de votre part d’être venu me sauver, mais j’aurais pu
le faire tout seul.
- Le but principal de notre visite n’était pas de vous sauver, mais de vous
demander s’il était possible de sauver une de nos amies, déclara
Javinel’Tlal à la place de Dak qui était trop triste pour parler.
- Désolé, mais je ne pourrai faire cela aujourd’hui, déclara subitement le
vieux fou.
- Mais... elle ne survivra pas, bafouilla Kleck. Elle est empoisonnée.
- Pas mon problème, dit le vieil homme en se levant pour aller fouiller dans
ses armoires. Par contre, dans mon extrême bonté, je vous donne ce sac qui est
venu de je-ne-sais-où et un antidote puissant.
- Au nom de toute notre équipe et de la jeune personne que vous avez sauvée :
Merci! proclama l’elfe. Venez, nous devons nous dépêcher pour sauver Taliane.
- Je reste ici, déclara Dak, avec Arkos!
- Il est mort, nous viendrons chercher son corps plus tard, dit Kleck. Il vaut
mieux essayer de sauver ceux qui sont encore en vie que de rester auprès des
morts.
- D’accord, mais vous ne faites pas d’expérimentations sur lui, avisa le
voleur. Sinon, vous aurez affaire à moi!
- Bien, bien. Maintenant quittez ma propriété.
C’est ce qu’ils firent.
Chapitre
5
Quand le vieil homme fut seul, il se pencha sur le corps d’Arkos et se mit à
faire des incantations sinistres. Quand il eut fini, la tête et le corps du
semi-géant étaient de nouveau attachés ensemble. Il resta debout, fixant de
ses yeux sans vie un point imaginaire, à attendre. Le vieux nécromancien dit :
- J’ai besoin de toi. Tu vas aller me tuer trois êtres que tu connais bien :
un humain voleur, un elfe sorcier et un nain guerrier. Ne les laisse pas s’échapper,
car ils ne doivent pas raconter tout ce qui se passe dans ma tanière. Je n’ai
pas envie que les autorités me trouvent à nouveau. Selon eux, la nécromancie
et la démonologie sont des sciences passibles de mort. Ce ne sont que des
ignares. Ha oui, j’oubliais! Ils ont un sac rempli de substances, tu me le
rapporteras. Ils devraient être chez un homme nommé Danic. Va!
Le demi-géant, qui n’était maintenant qu’un vulgaire pantin, s’élança
à l’extérieur de la cachette. Dans le cimetière, il passa à proximité des
gardes qui cherchaient le jeune garçon d’écurie, car les clients de
l’auberge s’étaient plaints qu’on volait leurs biens sur leurs chevaux.
Les vigiles remarquèrent que l’entrée du passage menant aux catacombes n’était
plus scellée. L’un d’eux partit chercher du renfort, pendant que les trois
autres pénétraient à leur tour dans les passages lugubres.
Arkos, quant à lui, continuait sa course effrénée.
***
Les trois personnes traversaient les rues d’Irmal le plus rapidement possible,
car ils espéraient arriver à temps ou que le vendeur était déjà là et
qu’il avait sauvé la pauvre Taliane. Quand ils furent devant la maison de
Danic, ils entendirent : << Je vais vous tuer! >>. Dak reconnaissant
la voix de son ami tourna sur lui-même et ouvrit ses bras, mais il se ramassa
un coup de poing qui le fit virevolter. Dans les airs, il échappa la fameuse
fiole, contenant la potion salvatrice, qui alla se rompre sur le sol. Arkos
sortit son épée gigantesque et vint pour achever le voleur qui cria : <<
Ne fais pas cela! C’est moi, Dak! >>. Au moment où celui-ci allait le
transpercer, il reçut une flèche à la tête qui le fit s’effondrer au sol
et le tua instantanément. Kleck s’écria :
- Une flèche sacrée de Vixine?!
- Oui, répondit celle-ci, sa voix venant d’une fenêtre de la maison de
l’apothicaire.
- C’était moins une, déclara le propriétaire des lieux. Nous avions entendu
du bruit, alors nous vous avons vus.
- Comment avez-vous su, Mademoiselle de Ladiniss? demanda Dak.
- Regardez ses yeux, ce sont ceux des morts-vivants.
- Avez-vous les herbes ou une potion, demanda Danic, car notre malade est sur le
point de nous quitter.
- La fiole qui est en miette était notre dernier espoir, affirma le nain.
- Entrez quand même, dit Maître Crevalts.
***
Pendant ce temps, les gardes avaient investi la cachette du sorcier et
fouillaient de fond en comble sans trouver celui-ci. Au moment où Arkos se fit
retuer, ils entendirent un cri de souffrance effroyable qui leur indiqua la
cachette du sorcier. Ils le trouvèrent tapi entre deux murs et l’exhortèrent
à sortir car il était encerclé. Têtu qu’il était, il décida de ne pas se
rendre et leur balança toutes les magies qui lui restaient, mais ce ne fut pas
assez pour les repousser. Il fut submergé par le nombre et, ainsi, fut traîné
jusqu’en prison.
Quand on approcha de la prison, il tenta de s’échapper à l’aide d’un
artefact qu’il avait gardé sur lui. Les gardes, se rendant compte qu’il était
dangereux, le rasèrent et ne lui laissèrent qu’un pagne. Puis, ils vidèrent
un étage de la geôle. Ceux dont les crimes n’étaient pas si graves furent
relâchés. C’est ainsi que le vendeur de produits put retourner à
l’auberge.
Là, il trouva son cheval, mais son sac de composantes avait disparu. Comme il
n’avait rien de mieux à faire, il décida d’aller revoir son acheteur
principal et grand ami : Danic.
Chapitre
6
Les trois survivants racontèrent leur histoire à Vixine et Danic. Puis, Dak
alla au chevet de Taliane. Il put discuter un peu avec elle, mais cela ne fut
pas nécessaire car juste le fait de se voir leur permit d’en dire plus que
s’ils n’étaient qu’en train de parler. Ils restèrent un à côté de
l’autres pendant un long instant. À un moment précis, Danic annonça qu’il
était l’heure du souper. Dak refusa d’aller manger, car il préférait
rester au chevet de sa sœur.
Le repas, bien qu’il fut délicieux, fut morne car aucun d’eux n’osait
dire un mot sur les récents événements et sur la mort plus que probable de
Taliane. C’est à ce moment que quelqu’un cogna à la porte. Danic se leva
pour aller ouvrir et s’écria de joie :
- Mon vieux, te voilà enfin! Vite donne-moi les composantes pour faire un
antidote puissant.
- C’est si important? demanda le vendeur.
- Ho que oui! J’ai une mourante, souligna-t-il au moment où les commensaux se
levèrent pour voir ce qui se passait.
- Vite! Nous vous paierons, assura Javinel’Tlal.
- Seulement, on m’a tout volé, dévoila le commerçant. Je suis désolé.
Il baissa la tête en signe d’excuse. Le silence s’installa, mais fut vite
chassé par un petit sanglot qui venait de la pièce où était installée la
mourante. Vixine leur intima le silence et tous se dirigèrent vers le lieu-dit.
Ils trouvèrent Dak, la tête couchée sur Taliane, qui larmoyait. Vixine
s’approcha de Dak :
- Dak, tu sais que je suis là. Simtania a rappelé sa fidèle, car, bien
qu’elle fut déclarée comme étant mon esclave, jamais elle ne sera une
esclave dans le monde de la grande déesse. Je peux te réconforter en te
laissant entrer dans le culte de Simtania. Là, tu pourrais reprendre goût à
la vie.
- C’est bien gentil, mais je n’aime que Volteck, dieu des voleurs et de la
chance, et je crois qu’il m’a laissé tombé, baragouina le voleur désemparé.
- Dans ce cas, tu pourrais nous accompagner jusqu’à Rauthos, puis tu
reviendrais avec nous au Chesson. Taliane fut une bonne guide, mais il nous
faudrait quelqu’un d’autre à présent.
- Peut-être, mais je ne sais pas si... mourut la voix de Dak
- Alors, je te le demande, coupa la prêtresse, persuasive. Dak Doigts-agiles,
acceptes-tu de devenir le guide personnel et officiel des représentants du
Chesson : Soit Vixine de Ladinisse, prêtresse de Simtania, Javinel’Tlal
Cornotusil, sorcier du conseil royal et Kleck Double-Hache fils de Darock
Barbe-Sans-Fin, mercenaire et commerçant?
- Laissez-moi le temps d’y réfléchir, car... commença-t-il.
- C’est mon sac?! s’écria le fournisseur en pointant du doigt le sac que
Dak avait près de lui. Que fait-il ici?
Le temps se figea, l’espace d’un instant. Tous voulurent être loin du
voleur, pour éviter de voir sa réaction. Le principal intéressé hurla et
reprit ses sanglots où il les avait laissés. Il se mit à pester contre le
destin qui lui jouait des mauvais tours et qui lui enlevait tous les êtres qui
lui étaient chers. Le commerçant voulut parler, mais Kleck et Javinel’Tlal
le tirèrent à l’extérieur de la pièce. Danic et Vixine, après lui avoir
posé la main sur les épaules en signe de compassion, partirent à leur tour.
***
La nuit fut une de ces nuits que l’on passe à réfléchir et à tourner le
couteau de la plaie inutilement, pour tous. Le lendemain matin, tous les
occupants étaient à table, seul Dak ne répondait pas à l’appel. Malgré
leurs inquiétudes, ils crurent qu’il avait enfin réussi à s’endormir, car
on ne l’entendait plus gémir.
Comme l’heure du dîner approchait, Javinel’Tlal, sentant quelque chose de
mauvais et d’étrange, décida d’aller voir dans la pièce où gisait encore
le corps de Taliane. Il s’écria :
- Venez, vite!
- Qu’y a-t-il? demanda Danic Crevalts à partir de la cuisine.
- Il s’est donné la mort.
Tous accoururent. Ils virent qu’il s’était inséré sa dague empoisonnée
dans le cœur.
- Pauvre lui, il devait être désespéré, commenta inutilement Guildo Cristea.
On dirait qu’il y a une lettre dans sa main.
- Il est écrit : << Voilà, ainsi je ne porterai plus la mort et la
malchance aux personnes qui m’entourent. Dak. >>, lut l’elfe.
- Mais, ce n’était pas de sa faute, pardonna le nain. Seulement les dieux ont
voulu le punir pour une raison quelconque.
- Tu te trompes, l’ami nain. Je ne crois pas qu’il y ait une entité divine
qui soit en cause, ce n’est pas leur genre. Mais cela serait de sa faute,
seulement, de façon indirecte, conclut Vixine.
¤ Fin ¤
Récit
écrit par Dark Rose.
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